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   Confrences \ la 11me Confrence:Vers Un Project Civils Pour La Renaissance Du Monde
                             Musulman
 
Pour une nouvelle cartographie philosophique

Pour une nouvelle cartographie philosophique : quelques pas en
direction de l'exprience du temps et de l'espace en Islam
Par Omar Van Den Broeck, Belgique
Introduction:
Il y a bien longtemps que la philosophie occidentale a rang au placard ses
vellits de comprhension globale de l'tre humain, de son inscription dans
l'espace et le temps, et de sa destine. Aprs la proclamation de la mort de Dieu (1),
elle a fait de mme de l'homme (2) qu'elle n'arrive plus comprendre qu' travers
la trame inconstante de son parcours dans les limites de l'ici-bas. La philosophie
occidentale serait-elle morte, elle aussi. Laissant son champ libre ce que l'on
appelle les sciences humaines : celles qui doivent cerner l'identit humaine dans ce
qu'elle a d'accidentel, de dtrmin par son cadre historique, social, biologique,
racial ou linguistique par exemple. Et voil les sujets qu'tudient l'histoire, la
sociologie, la biologie, l'anthropologie, la linguistique, etc.
Il ne reste la philosophie qu'une vague cartographie, un mta-discours qui
aura tendance s'effilocher encore. A moins que le philosophe occidental n'arrive
s'abreuver d'autres sources.
Le propos de mon intervention va plus loin encore peut-tre la philosophie
occidentale invite-t-elle une telle recherche? C'est dans ce sens que j'aimerais
l'articuler quelques rflections qui profileront l'exprience quotidienne du temps et
de l'espace en Occident par rapport au mme vcu chez les musulmans.
Un autre type de cartographie donc, avec d'autres frontires spatiales et
temporelles, d'autre poteaux indicateurs, d'autres orientations et d'autres
destinations.
Time is money
Alors qu'au moyen ge l'Eglise dvalorisait le temps de l'horloge au profit de
l'exprience de l'ternit travers les mystres de ses dogmes, le monde musulman
a toujours eu les pieds sur terre et le pouls la montre. Les astrolabes nous
viennent de l'autre ct de la Mditerrane. Ils rpondent au besoin du calcul
rigoureux du temps, rendu ncessaire par l'obligation pour le croyant de prier
des moments bien prcis.
Selon une tradition, Hadith qui remonte au Prophte (repris dans les
recueils de Bouchari et le Moslim), Ibn Massod interroge celui-ci concernant la
meilleure action en Islam. Le Prophte lui rpond que cette action est la prire faite
l'heure prescrite.
C'est ainsi que la prire scande la journe et ses diffrentes parties portent
des noms qui sont galement ceux des cinq prires canoniques :
aurore ou fajr;
midi ou dohr;
aprs-midi o `asr
coucher du soleil ou maghreb;
dbut de la nuit ou `ich.
Le temps est sacr jusque dans son droulement au quotidien. C'est en
utilisant ce temps bon escient que l'homme peut travailler son salut.
Le Seigneur dit dans la sourate al-asr, c'est--dire l'aprs-midi, ou
l'instant, le temps:
Par l'instant
Oui, l'homme est en perdition
l'exception de ceux qui croient
de ceux qui accomplissent les bonnes uvres
de ceux qui s'encouragent mutuellement
la patience.
Historiquement, c'est l'introduction en Occident de ce temps de l'horloge
sacre qui est paradoxalement la base du temps de l'horloge laque. En effet cette
autre mesure du temps s'est rarticule plus ou moins en opposition la vision
catholique d'un temps liturgique orchestr par les ftes chrtiennes rparties sur
l'anne solaire. Alors qu'en Islam, la mesure scientifique du temps est utilise
des fins rituelles, son introduction en Occident a abouti l'exprience d'un temps
largement dsacralis.
De la mme faon, la matrise au compas de l'espace, emprunte aux
musulmans dsireux de dlimiter la direction de la prire de la faon la plus
prcise possible, a permis, par le dtour pictural des lois de la perspective par
exemple, aux peintres de la Renaissance de camper un ici-bas structur en
antagoniste la statuaire macrocosmique mdivale. C'est ce nouveau bas monde
domin spatio-temporellement par le cube et l'horloge, et correspondant aux
dimensions de l'homme physique (ou microcosmique) qui prside la `modernit'.
La prire musulmane
Par la prire musulmane, Dieu procure au croyant des instruments pour
L'adorer en s'appuyant sur les lments concrets qui rsident la cration mme
de l'tre humain : son corps, son esprit, son cur, son cadre spatio-temporel, etc.
En lui apprenant comment dominer rituellement toutes ses dimensions, Dieu
permet Son serviteur de se rapprocher de Lui.
C'est ainsi que la salat , la prire, comprend un enchanement rituel de
positions corporelles, dans la direction de la Ka'ba, avec rcitation de textes du
Coran. Et comme je l'ai dj explicit, les prires constituent l'ossature de la
journe. La prire musulmane prsente ainsi clairement un caractre totalisant.
Mme lorsqu'elle est effectue individuellement, elle implique la prise de
conscience qu'au mme moment d'autres musulmans sont plongs dans la mme
prire, tous tourns vers la mme direction, symbole de l'union de tous les
musulmans.
Pendant l'office, il s'agit de rpter la prire du Prophte, telle qu'il l'a
enseigne ses disciples. En le faisant, et tout en s'appuyant sur le temps de
l'horloge, le musulman sort des limites de l'grnement des secondes.
Par l, il rejoint non seulement son Prophte dans une concentration
spirituelle o il le salut rituellement ; il retrouve galement l'adoration du
Prophte Abraham : par le fait que la direction obligatoire de la prire est situe
vers la Ka'ba, mais aussi par les saluts de paix que le musulmn adresse au
Prophte Abraham.
L'espace islamique
Contrairement l'ancienne vision catholique qui voyait dans le monde un
lieu de perdition, l'Islam considre le monde comme essentieliement bon et
rempli de signes qui nous guident vers Dieu. C'est la mauvaise orientation de
l'intention intrieure de l'homme qui fait paratre le monde comme mauvais
l'obissance la Loi Divine doit le garder de cette chute et le rendre heureux
aussi dans cette vie. Le musulman prie aussi bien pour le salut dans l'au-del que
pour un ici-bas panoui.
L'Islam voit dans ce monde des signes qui doivent conduire l'homme croire
en Dieu en Ses Noms et Qualits:
Les incrdules n'ont-ils pas vu
que les cieux et la terre formaient une masse compacte?
Nous les avons ensuite spars et nous avons cr, partir de l'eau, toute
chose vivante.
Ne croient-ils pas ?
Nous avons plac sur la terre des montagnes comme des pilliers afin qu'elle
ne branle pas et les hommes non plus. Nous y avons dispos des dfils
semblables des chemins.
Peut-tre seront-ils dirigs ?
Nous avons fait du firmament une vote protge
mais ils se dtournent de nos Signes.
C'est Lui qui a cr la nuit et le jour,
le soleil et la lune;
chacun voguant dans une orbite.
(21/30-34)
Le musulman vit dans ces grands espaces qui lui rappellent Dieu. Cette
confrontation empche que le temps et l'espace immenses, crs par le Seigneur, ne
se subdivisent en de petits compartiments avec leurs propres lois ; c'est de ces
subdivisions cartographiques, aux frontires troites, que souffre notre
modernit. Pensons aux dancings, aux plages ou aux autoroutes modernes aux
poteaux indicateurs qui n'en finissent pas et qui naboutissent qu des non-lieux,
moins que ce soit le lieu d'un nationalisme la recherche de ses frontires. Par son
action de diviser le temps et l'espace en dehors de toute transcendance, l'homme
devient aveugle pour l'espace et le temps tablis par le Seigneur. Et Dieu y est
comme absent.
Le compas islamique
Ce qui prcde ne signifie pas que l'espace cr par Dieu ne soit pas structur
pour le musulman. Mais il l'est dans son immensit mme. Le pivot de cette
structure est la Ka'ba dans la direction de laquelle les musulmans se prosternent.
La Ka'ba permet au croyant de se ressaisir dans la mesure o elle lui donne
un point de rfrence, une orientation. Pour sa stabilit psychologique l'homme a
besoin de points d'ancrage. Pensons au totem chez les animistes, ou, dans la
modernit, la tlvision laquelle l'on s'accroche pour tre en contact avec le
monde. Mais la qibla musulmane permet d'tre en contact avec la transcendance.
L'cran offert par Dieu est celui macrocosmique du Coran, en rien comparable
l'cran phmre du zapping moderne.
C'est ainsi que la Ka'ba en tant qu'axe de la communaut n'est pas politique,
conomique, linguistique par exemple, mais bel et bien religieux. Cette unification
de la communaut musulmane runit non seulement les musulmans en vie, mais
aussi ceux qui nous ont prcds aprs et avant la mission du Prophte
Mohammed. En effet le Temple est aussi li, on l'a vu, aux prophtes Abraham et
Ismal
Nous te voyons souvent la face tourne vers le ciel
Nous t'orienterons vers une Qibla qui te plaira
Tourne donc ta face
dans la direction de la Mosque Sacre.
O que vous soyez,
tournez votre face dans sa direction.
(2/144)
A l'intrieur de cet espace, il y a place pour les communauts non-
musulmanes qui sont rgies par leurs propres logiques socio-religieuses. Les
frontires entre les communauts ne crent pas une cartographie arbitraire comme
l'occidentale base sur les alas des peuples et de leur histoire ; elles sont lies ces
identits religieuses (par exemple les communauts juive et chrtienne).
Alors que l'appel la prire, les azn, trace les limites entre les diffrents
moments de la journe, il projette galement la sparation entre les communauts
puisqu'il ne s'adresse qu'aux musulmans. Les chrtiens se regroupent dans leurs
glises ; les juifs dans leurs synagogues.
Universalit et universit musulmanes
Dans ce qui prcde, l'universalisme inhrent l'Islam est apparu
clairement. Il a donn lieu une cartographie spcifique, une exprience unique
de l'espace, du temps, des frontires. Il faut y ajouter une faon particulire de
pratiquer la science. Au niveau thorique l'espace immense ouvert par les
musulmans a permis de se librer des frontires artificielles et ds lors de raliser
une transmission du savoir que le monde n'avait jamais connue - comme pour
justifier que les musulmans considrent la prophtie du Prophte Mohammed
comme tant celle du sceau de la prophtie...
La quasi totalit de la littrature existant aux premiers sicles du caliphat
musulman a t traduite vers l'arabe. En cela la pratique scientifique de la
modernit, survolant algrement particularismes nationaux ou linguistiques, en est
toujours tributaire.
J'ai dj parl d'un autre aspect typique de la pratique moderne de la science
et qui est l'origine li la cartographie islamique : la valorisation du
bricolage , du travail des mains au service du cerveau. Il fallait bien des artisans
crateurs de boussoles et d'astrolabes, en quelque sorte les anctres des
ordinateurs modernes. Avec la diffrence que chez les musulmans le service tait
rendu dans un cadre religieux.
Cet universalisme pratique trouve son lieu de partage idal dans la Ka'ba,
lieu de rencontre et de transendance. Mais lieu dlgu vers les grandes mosques,
les grandes madrasas, o la communaut musulmane cre l'universit, comme celle
d'Al-Azhar lieu de culte, de recherche intellectuelle, de pratique, d'enseignement,
de soins, de travail en quipe. Lieu d'origine de nos cliniques universitaires...
Les particularismes occidentaux et la grande nostalgie d `universalisme
authentique
En Occident la suraccentuation du contrle et du compartimentage de
l'espace et du temps aboutissent la dception et au vide : tous les coins et recoins
ayant t expriments volont sans qu'il y ait eu rponse aux angoisses
fondamentales. Depuis la Renaissance qui a relgu Dieu au Ciel, (3) l'on assiste la
cration d'une multitude de mondes de compensation qui doivent cder leur place
de nouveaux venus. Ces compensations dominent l'histoire de la culture
occidentale: partir de la renaissance et du baroque, travers le classicisme et de
romantisme jusqu la priode moderne. Dans ce cheminement les anciens
matriaux sont rinvents : la pierre se soumet de nouvelles architectures ;
l'imprimerie permet le dploiement sur des millions de pages de nouvelles
philosophies et de nouvelles littratures, et elle vulgarisera la science et l'actualit ;
plus rcemment d'autres matriaux sont invents la photo, le cinma, et les
nouveaux moyens mdiatiques. Les sociologues tudientles glissements que ces
outils culturels provoquent dans la structuration de l'espace et du temps.
L'volution nous mne depuis la messe mdivale, en passant par le thtre, pour
aboutir au cinma, et finalement la tlvision, matresse des salons et soires
modernes. La pratique scientifique souffre, quant elle, de plus en plus de ses
spcialisations (4).
Ce ne sont pas ces outils en tant que tels qui choquent les musulmans. Ils se
flicitent au contraire de ce que l'esprit critique et d'analyse qui prsid la
grandeur de la civilisation musulmane du Moyen Age, a ralis dans son
mancipation vis--vis de l'esprit dogmatique de l'Eglise Catholique. Ce qui
choque, c'est que ces outils ont cr des mondes part sans aucun rattachement au
principe monothiste et au cadre macrocosmique.
Alors que la vision islamique situe l'homme dans un espace et un temps
infinis qui englobent le ciel et l'enfer, dans lequel il ctoie les plus grands des
Prophtes, la modernit a perdu le cadre prophtique. En compensation de cette
perte, d'autres temps et d'autres espaces ont t labors. Aprs les immensits du
gothique, la renaissance redcouvre le cube et l'horloge dans les palais la mesure
de l'homme. La combinaison du cube et de l'horloge a inaugur toute une srie de
compensations et d'espaces partir du salon littraire et du caf jusqu la ruine
romantique ou l'espace moderne de Woodstock.
Le mlange des cartes
Deux cartographies bien diffrentes, la musulmane et la moderne, qu'il fallait
bien redessiner aussi clairement que possible.
Dans ce qui prcde, j'ai parl de ce qui choque le musulman : le mot est sans
doute un peu fort. En effet, les cartes ont t brouilles et les deux cartographies se
chevauchent. L'organisation spatio-temporelle s'est introduite dans le monde
musulman avec ses dancings, ses nationalismes, ses capitales `modernes'.
Combien de musulmans arrivent encore raliser la richesse de leurs
pratiques rituelles, et ne s'y adonnent que comme une gymnastique, un yoga sans
fond, alors que Dieu est relgu au Ciel, et que nous sommes devenus parmi les
plus avides du zapping tlvisuel.
Ce brouillage est d'autant plus paradoxal que l'Occident a repris, comme je
l'ai dj dvelopp, beaucoup d'lments la culture musulmane : l'universalisme
- mme s'il a t dsacralis - surtout au niveau de la pratique scientifique et
culturelle, le travail en quipe, l'importance de la technique (en tant
qumancipation de l'ancien bricolage), l'humanisme pour n'en citer que
quelques-uns.
Dmler tous les nuds que constitue l'trange proximit et distance entre le
monde musulman et le monde moderne ncessitera bien d'autres recherches.
Quant moi, il ne me reste qu' esprer, qu'avec l'aide de Dieu les rflections
prsentes lors de cette intervention contribueront une comprhension mutuelle
meilleure entre les deux rives de la Mditerrane.
(1) Proclam dj par F. Nietzsche au XIXe sicle, et ce aprs le renvoi de Dieu au
ciel, opr ds la Renaissance.
(2) Par exemple les structuralistes et post-structuralistes de l'cole philosophique
franaise.
(3) Selon M. Eliade le fait de relguer Dieu au ciel a t pratiqu dans la plupart
des anciennes traditions religieuses.
(4) Citons ce propos ce commentaire propos du travail du philosophe Michel
Serres : (...) En effet, chaque science se reforme sur son propre langage et, cependant,
elles doivent toutes communiquer entre elles dans une encyclopdie gnrale; cela n'est
possible que par les concepts de modle et de structure, qui nous renvoient la
topologie, dont la combinatoire est une forme, et c'est sur ce rseau de la combinatoire
que repose l'informatique ; la science dans son ensemble est une information qui ne se
dbrouille que sur un bruit de fond (...). Yvon Belaval, La philosophie de langue
franaise depuis la seconde guerre mondiale et Histoire de la philosophie 3.,
Gallimard, Pliade.
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