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   Confrences \ LAHUITIEME CONFERENCE : L'ISLAM ET LE DIALOGUE CIVILISATIONNEL
 
Le cas de l'Espagne et le sud de la France du temps de Cordoue

Le cas de l'Espagne et le sud de la France
du temps de Cordoue
Par Mohamed BECHARI
Prsident de la Fdration Nationale des Musulmans de
France
I - L'EUROPE ? LA RENCONTRE DE L'ISLAM: UNE
ACCEPTATION MUTUELLE
1 - l'Espagne musulmane: l'entente cordiale
La rencontre entre l'Islam et l'Europe occidentale a eu
lieu peu de temps aprs l'apparition de l'Islam. Dj en 714,
les musulmans ont Franchi les Pyrnes et atteint le Sud
de la France. Il a fallu moins de trois ans (711-714) et une
seule bataille Gadalte (prs de Cadix sur la cte sud de
l'Espagne actuelle) pour traverser toute l'Espagne.
L'hypothse d'une invasion militaire pure et dure ne saurait
expliquer cette expansion en un temps record. La clbre
historien hollandais Dozy (19me sicle) en donne
l'explication suivante:
"La conqute arabe fut un bien pour I'Espagne: elle produisit
une importante rvolution sociale, elle fit disparatre grande
partie des maux sous lesquels le pays gmissait depuis des
sicles (...) Les arabes gouvernaient selon la mthode suivante:
les impts taient tout fait orduits par rapport ceux des
gouvernements prcdents. Les Arabes enlevrent aux riches
la terre qui, partage en immenses domaines de la chevalerie,
tait cultive par des fermiers serfs ou des esclaves
mcontents, et la rpartirent galement entre ceux qui
travaillaient le sol. Les nouveaux propritaires la travaillrent
plein de zle, et en obtinrent les meilleures rcoltes. Le
commerce fut libr des limitations et des lourdes taxes qui
l'crasaient, et se dveloppa notablement. Le Coran autorisait
les esclaves se racheter moyennant un ddommagement
quitable et cela mit en jeu de nouvelles nergies. Toutes ces
mesures provoquaient un tat de bien-tre gnral qui fut la
cause de bon accueil fait au dbut de la domination arabe."(a)
Le grand crivain espagnol Blasco Ibanez attire l'attention
sur l'apport civilisationnel des musulmans d'Espagne, sur l'tat
de libert et de tolrance qui y rgnait, et sur la naissance d'une
"socit nouvelle" qui a su raliser un progrs rapide, garantir la
libert de conscience et assumer la coexistence paisible entre
diffrents peuples, de races et de croyances diverses:
"En Espagne, la rgnration n'est pas venue du Nord, avec les
hordes barbares: elle est venue du Midi, avec les Arabes
conqurants (...) `c'tait une expdition civilisatrice beaucoup
plus qu'une conqute (...) Par l s'introduisait chez nous cette
culture, jeune, robuste, alerte, aux progrs tonnamment
rapides, qui peine ne, triomphait; cette civilisation qui, cre
par l'enthousiasme du Prophte, s'tait assimil le meilleur du
judasme et la science byzantine, en qui, au surplus apportait
avec elle la grande tradition hindoue, les reliques de Perse, et
beaucoup de choses empruntes la Chine mystrieuse. C'tait
l'Orient pntrant en Europe, non comme les Darius et les
Xerxs, par la Grce qui les repoussait afin de sauver sa liberte,
mais par l'autre extrmit, par l'Espagne, qui, esclave de rois
thologiens et d'vque belliqueux, recevait bras ouverts ses
envahisseurs.
En deux annes, ceux-ci s'emparrent de ce que l'on mit
sept sicles leur reprendre. Ce n'tait pas une invasion qui
s'imposait par les armes, c'tait une socit nouvelle qui
poussait de tous cots ses vigoureuses racines. Le principe de
la libert de conscience, pierre angulaire sur laquelle repose la
vraie grandeur des nations leur tait cher. Dans les villes o ils
taient les matres, ils acceptaient l'glise du chrtien et la
synagogue du juif."
"(...) Du VllIme au XVme sicle, se construira et se
dveloppera la plus belle et plus opulente civilisation qu'il y ait
eu en Europe durant Ie Moyen Age. Tandis que les peuples du
Nord se dcimaient par les guerres religieuses et se
comportaient en tribus barbares, la population de l'Espagne
s'levait plus de trente millions d'habitants (...). Dans ce fcond
amalgame de peuples et de races coexistent toutes les ides,
toutes les coutumes, toutes les dcouvertes accomplies
jusqualors sur la terre, tous les arts, toutes les sciences, toutes
les industries, toutes les inventions, toutes les disciplines
anciennes; et du choc de ces lments divers jaillissaient de
nouvelles dcouvertes et de nouvelles nergies cratrices. La
soie, le coton, le caf, le citron, l'orange, la grenade arrivaient de
l'Orient avec ces trangers, comme aussi les tapis, les tissus, les
tulles, les mtaux damasquins et la poudre. Avec eux encore la
numration dcimale, l'algbre, l'alchimie, la chimie, la
mdecine, la cosmologie et la posie rime. Les philosophes
grecs, prs de disparatre dans l'oubli, trouvaient le salut en
suivant l'Arabe dans ses conqutes: Aristote rgnait la
fameuse universit de Cordoue...(b)
2. LE SUD DE LA FRANCE ? LA RENCONTRE DE
L'ISLAM
Nombreux sont les historiens occidentaux qui tentent
de faire croire que l'existence islamique en France est
reste phmre voire absente jusqu'au dernires
dcennies. Le territoire qui est aujourd'hui celui de la
France a connu plusieurs implantations de l'Islam ds le
huitime sicle. Trs vite enclave par la reconqute, cette
existence musulmane n'a pas connu le mme essor qu'en
Espagne. Bien qu'elle ait dur assez longtemps, elle a fini
par succomber sous les sabres des croiss.
A l'poque de la grande expansion, en 719 les
musulmans sous le commandement d'A-Samh prennent
Narbonne puis assigent Toulouse en 721. Ils rentrent
Carcassonne en 725 sous le commandement d'Al Basah et
prennent le reste de la narbonnaise jusqu' Nmes puis
atteignent Autun(5). A cette poque, malgr des
confrontations armes parfois violentes entre les
musulmans, nouveaux arrivants, et certains pouvoirs
politiques locaux, des conversions se sont opres dans la
population franaise commencer par des chefs basques
et des nobles:
"Certains chefs basques, imitant les nobles
wisigoths, concluaient des traits de paix avec
les arabes, moyennant la reconnaissance de
leur souverainet locale, ils se convertissaient
l'Islam et payaient tribu, tel Fortunio dans le
district navarrais de Borja en 715, fondateur de
la famille des Beni Lupo (on reconnait un nom
port par la dynastie vascone, loup) ou Amris
(c'est dire Ambroise) apparent aux Beni
Tawil, seigneurs de Huesca et de Lerida(5)
Le climat d'intolrance qui rgne en Europe l'poque
a entran l'effacement trs vite par la reconqute, de
toute trace de cette existence musulmane du sud de la
France. Seule va en chapper pour quelque temps les
rgions gographiquement dfavorables cette
reconqute. C'est le cas par exemple de la rgion de la
Garde-Freinet connu historiquement chez les musulmans
sous le nom de Jabal AI Qilal.
Dans son trait intitul kitab al masalik wa-al-mamalik
(livre des routes et des royaumes), l'historien Al Istakhari
signale que:
"Jabal Al Qilal tait une rgion de montagne o
il y avait des eaux courantes, un groupe de
musulmans s'y tenait et cra des habitations.
Les Francs ne purent les en dloger. La
longueur de la rgion tait de deux journes de
marche"
Ibn Hawgl dans son kitab srat aI ard (livre de la
configuration de la terre) a rajout quelques prcisions:
"Jabal AI Qilal situ dans la rgion de France,
est aux mains des combattants pour la foi, on y
trouve une belle productivit agricole, les cours
d'eaux y sont nombreux ainsi que les terres de
culture, si bien que ces volontaires vivent dans
le pays. Se sont des musulmans qui rendirent
ce coin habitable ds leur installation. Ils
deviennent une menace pour les Francs, mais
il tait impossible de les joindre parce qu'ils
taient posts sur le versant d'une montagne,
dans un repaire accessible d'un seul ct, que
par une seule roule o leurs prcautions
taient effiicaces. Cette montagne s'tend sur
une longueur d'environ deux journes de
marche..., Majorque est une ile importante
gouverne par le seigneur de l'Espagne, Jabal
AI Qilal est de mme rattach cet tat".
La longueur de la rgion estime par l'historien "deux
journes de marche"' correspond une distance d'environ
150 k.m. La rgion est situe dans la partie Sud de la
France, mais rattache au gouvernement d'Espagne pour
des raisons politiques claires. L'existence d'une "belle
productivit agricole" ncessite une sdentarisation des
musulmans dans cette rgion non habitable auparavant,
ce qui suppose une bonne organisation et surtout une
stabilit politique.
Il -L'ISLAM EN EUROPE AU MOYEN AGE:
UNE COHABITATION PACIFIQUE:
Pendant le moyen age, entre le monde musulman et
l'Europe, le contraste civilisationnel fut norme jusqu'au
14e sicle. Cette situation qui prsente une socit
islamique en plein panouissement dans tous les domaines
(arts, culture, conomie...) face au reste de l'Europe
mdivale en tat d'immobilisme sculaire, nous permet de
prvoir facilement le genre de relations existant entre
hommes, d'un ct et de l'autre.
2.1 En terres d'Islam
Un climat de tolrance vis vis des autres religions a
rgn dans les terres de l'Islam. Cette situation doit son
existence d'abord au message coranique qui accorde aux
"Gens du Livre" une place honorable, se traduisant sur le
plan juridique par le statut de Dhimi qui-malgr certaines
polmiques qui cherchent donner au terme une
connotation pjorative-est plus volu et plus "humain"
compar au statut des minorits dans la plupart des tats-
nations de nos jours. Il accordait la libert du culte,
l'autonomie judiciaire, le droit de participer la vie politique
et les mmes droits "sociaux" que ceux des musulmans
(enseignement, sant, travail...) contre le payement de la
jizia: une sorte d'impt pay par les non-musulmans au lieu
de la Zakat qui, tant de nature cultuelle (quatrime pilier
de l'Islam) n'est pas impose ces derniers.
Plusieurs historiens chrtiens considrent que l'attitude
des tats musulmans a encourag l'tablissement de ce
climat de tolrance et de dialogue. Pour Carlo Gasbari (c):
"La libert religieuse et l'galit des confessions
en face de l'tat ont t les premiers actes des
gouvernements musulmans".
Et pour l'orientaliste C. Cahen (d):
"L'image du monde musulman jusque vers le
Xlme sicle est celle d'une socit
multiconfessionnelle trs remarquable, o
l'Islam politiquement domine, mais o il subsiste
sans peine une proportion considrable de
fidles d'autres confessions dans une symbiose
dont on chercherait vraiment l'quivalent dans
d'autres socits".
Bien que cette situation ait constitu la rgle dans
l'histoire des musulmans, on doit signaler les quelques
situations qui ont fait l'exception. Elles correspondent des
priodes de crise gnralise touchant aussi bien les
musulmans que les autres communauts et trouvent leurs
sources dans le dsquilibre entre l'tat et la dwa.
En effet, la dwa englobe toutes les actions qui
assurent le renouveau des socits musulmanes non
seulement sur les plans spirituel et moral mais aussi sur le
plan temporel, par interaction synergique avec le spirituel.
Cette interaction a fait toute la grandeur de l'Islam, en
arbitrant en mme temps que la gnration de nouvelles
forces cratrices et le dveloppement d'ides, les actions
menes en matire de "politique" de l'tat: Ce concept qui
prsente une importante caractristique de la socit
islamique premire, a subit l'effet des crises politiques
majeures connues par le monde musulman. La dwa fut
dlaisse progressivement aux bons soins de quelques
personnages, certes illustres, mais loigns plusieurs
reprises- degr ou de force-des positions d'influence, la
consquence en est que, l'tat a cess d'voluer en
harmonie avec la dwa. En terme plus prcis, celle-ci a
accumul du retard par rapport au dveloppement de l'tat
ds qu'il a commenc abandonner son arbitrage pour
l'intrt de quelque personnage avide de pouvoir. A
l'poque moderne, cette situation malsaine est devenue
chronique, lourde de consquences sur la marche normale
de la um, et par consquent, sur ses rapports avec les
autres nations, seul thme qui nous concerne dans cette
tude.
L'exemple plus reprsentatif de ces exceptions, est peut-
tre l'empire Ottoman partir du 18e sicle qui, face la
rforme en Europe suivie de sa monte en puissance, sera
amene privilgier le militaire au dtriment d'autres secteurs
vitaux pour la socit islamique (ducation, conomie,
science..), un tat devenu presque " la romaine". Ce
dsquilibre, en plus qu'il ait donn un argument ceux qui
essayent tort de prsenter l'Islam comme "martial", a sign
quasiment l'arrt du rayonnement d'une civilisation qui a
suscit l'admiration de l'Europe pendant plusieurs sicles.
2.2 En Europe
L'image de l'Islam dans l'Europe mdivale s'est construite
progressivement au gr des vnements et sous l'influence
de plusieurs facteurs: valuation de l'Islam par l'glise,
rapports de force entre les diffrents tats et situation sur les
frontires, crises politiques dans le monde musulman et tat
de la Dwa.
Ds le XIme sicle, plusieurs prtres ont commenc
s'intresser l'Islam en ramassant la documentation et en
voyageant dans les pays musulmans o leur scurit est
garantie mme en situation de guerre. Les premires tudes
connues datent du XIme sicle et revinnent Pierre le
Vnrable (1092-1156), abb de Cluny qui a visit les
monastres espagnols o il a rassembl une documentation
sur le Coran, sur la vie du Prophte et des premiers califes
ainsi que sur le savant El Kindi. Il a ensuite crit la premire
traduction du Coran en latin qui sera d'usage jusqu'au
XVIIme sicle.
Il s'est interrog pour savoir si l'Islam est une "hrsie"
chrtienne ou plutt une "autre religion" avant d'adopter la
seconde opinion car pour lui les musulmans "soutiennent plus
d'erreurs que de vrits". A son poque o les croisades
battaient dj leur plein, il esprait la christianisation des rois
musulmans l'instar des souverains de l'occident convertis.
Dans ses crits l'intention des musulmans, il est all
directement au but, la christianisation
"... Mais je ne m'approche pas de vous comme
nos chrtiens le font souvent, avec des armes,
mais avec des paroles, non avec la force, mais
avec la raison, non avec la haine mais avec
l'amour (...) un amour... tel celui qui a exist
entre nos aptres et les Gentils de leurs temps
qu'ils essayaient d'attirer la loi du Christ... De
la mme faon... je vous invite au salut.."
En suivant la mme dmarche, mais plus d'un sicle plus
tard, le pape Innocent III crivit au Sultan d'Alep l'invitant se
convertir au christianisme:
"On me mande de sources certaines que vous tes plein de
vnration pour notre foi. Je veux esprer de la bont divine
que vous ne vous tiendrez pas l et qu'clair d'en haut, vous
voudrez adorer bientt avec nous le Dieu ternel qui, pour le
salut des hommes s'est fait homme dans le temps"(2)
Un autre adorateur du christ, Ricoldo n Florence en
1243, s'est rendu Bagdad en 1290 puis Tabriz. Il a
frquent les coles et les mosques et fut frapp par l'attitude
amicale des musulmans l'gard des chrtiens et s'est tonn
de constater chez les musulmans une dvotion la prire, une
charit envers les pauvres, un grand respect pour le nom de
Dieu et pour Jsus et une hospitalit envers les trangers:
"les sarrasins ont une telle affabilit et une telle
urbanit qu'ils nous recevaient comme des
anges. Quand il nous plaisait d'entrer dans les
maisons des grands et des sages, nous tions
accueillis avec une telle allgresse qu'il nous
semblait tre reus par des frres de notre
ordre. Ceux qui, en particulier, donnent volontiers
chez eux l'hospitalit nos religieux, nous
demandaient souvent avec politesse et une
respectueuse familiarit de leur parler de Dieu ou
du Christ, c'tait toujours en ajoutant "qu'il soit
lou" ou quelque chose de semblable" (2).
A la mme poque, le franciscain Ramon Lulle
(1235-315) qui avait des rapports troits avec le monde
musulman proposa Phillipe le Bel le projet d'un collge
d'enseignement de l'arabe et de l'hbreu en Navarre, et exposa
aux enseignants de la Sorbone sa mthode d'enseignement du
christianisme aux arabes et aux "infidles". Mais son projet ne
verra pas le jour malgr le consentement du roi. Plusieurs
annes plus tard, sur sa proposition furent cres des chaires de
langues orientales Paris, Oxford, Bologne et Salamanque.
R. Lulle a montr une volont de dialogue (il a particip en
1292 un colloque avec des thologiens musulmans) qui se
justifie par sa connaissance du monde musulman o il a voyag
beaucoup pour tudier, mais aussi par son espoir d'aboutir la
christianisation de quelques musulmans; ayant chou dans
cette tentative, il opta la fin de sa vie pour la confrontation
arme avec les musulmans. Il partit Bougie en 1305
rechercher le martyr en proclamant publiquement la fausset de
la religion musulmane. Ds son retour il prcha la reprise des
croisades. Aprs sa mort en 1315, beaucoup de ses
coreligionnaires ne lui ont pas pardonn son ouverture sur le
monde de l'Islam, auquel il doit beaucoup de ses ides; son
orthodoxie a t mise en doute et ses ouvrages furent rays
dfinitivement de l'index en 1594.
La porte limite des croisades n'a pas fait perdre tout l'espoir
aux chefs de l'Eglisedans l'arrt du progrs de I'Islam par la
conversion des souverains musulmans. Le pape Pie Il adressa
au souverain ottoman Mohamed Il une proposition "allchante"
qui pose la christianisation comme condition sinequa non de
l'tablissement de la paix entre chrtiens et musulmans:
"Si vous deveniez chrtien, on reverrait la paix
refleurir sur la terre l'ge d'or d'Auguste clbr par
les potes. Nous vous ramnerions empereur
des Grecs de l'orient et, ds lors, vous possderiez
ce droit que vous occupez aujourd'hui par la force.
Les chrtiens eux-mmes vous aideraient
tendre votre empire... Vous auriez enfin cette
autre gloire: vous deviendriez le soutien de l'Eglise
romaine et elle se servira de votre bras pour battre
ses ennemis".(2)
La perception de l'Islam par l'occident chrtien
mdival a volu au cours des sicles. Pendant tout le
Moyen-ge, les oeuvres des musulmans ont fait l'objet
d'admiration partout en Europe. La force des tats
musulmans et surtout le rayonnement de leur civilisation ont
suscit un respect unanime. Mais la thologie chrtienne
s'est gne par l'Islam dont elle s'est applique dmontrer
la fausset, mais aussi contre lequel elle a ragi de faon
violente pendant les croisades, encourage par le vide
politique chez les musulmans. Progressivement, les discours
clricaux peu clairs et parfois mensongers ayant servi de
base idologique pour la mobilisation pendant les croisades,
ont constitu un tissue de prjugs qui vise ne faire voir
dans "l'autre" que du ngatif. Un clbre crois du XIme
sicle (Cuibert de Nogent), auteur d'ouvrages sur l'Islam a
dfini les fondements de sa vision des "Sarrazins" dans ces
termes : "on peut, sans hsitation dire du mal de celui dans la
nature nfaste dpasse tout ce qu'on peut dire de mal"(6)
Voil des fois, comment on crit l'Histoire!
III- LES TEMPS MODERNES: LE GRAND MALENTENDU
Si durant 11 sicles les rapports entre l'Islam et
l'occident taient certes conflictuels, mais une certaine
coexistence pacifique ininterrompue mme durant les
croisades marquait cette longue priode de cohabitation,
partir du dbut du 19me sicle les rapports entre les
deux entits islamiques et occidentales deviennent
difficiles et se caractrisent par une srie de conflits
graves qui amne l'occident se lancer dans la conqute
coloniale usant de sa force militaire ses avances
techniques et l'utilisation des minorits chrtien nes
d'orient comme levier pour dstabiliser le monde
musulman.
La colonisation outrance du monde islamique tait
mene par des militaires aventurires soutenus surtout en
France depuis l'avnement de la 3me rpublique une
classe politique trs la?que voire la?cisant qui n'a que faire
des religions et des civilisations fonde sur les principes
de la croyance en DIEU et ayant les livres sacrs pour
constitution et code rglant la vie au quotidien. C'est le
cas videmment de la civilisation du 19me sicle,
l'occident refuse de reconnatre l'Islam un quelconque
rle ni dans le pass ni dans le prsent ni dans le futur,
les musulmans deviennent les sujets ou plus exactement
les indignes des empires coloniales. Le dialogue est
rompu cte occident vivre de sa force, son progrs et sa
domination militaire et commerciale sur le monde.
La civilisation occidentale de l're industrielle et coloniale
exige un systme de valeurs qui lui est propre en puisant
dans les deux seules sources
historiques qu'il reconnait l'hritage judo-chrtien.
Comme deux seules rfrences pour l'humanit entire.
L'Islam n'existe pas. Son apport civilisationnel est occult,
efface de la mmoire comme si Damas, Cordoue et
Baghdad n'ont jamais exist. L est n le malentendu qui
continue caractriser les rapports entre l'Islam et
l'Occident jusqu' nos jours.
En face les musulmans n'taient pas prts rompre toute
relation avec l'Occident. Au contraire ils vont s'efforcer durant
tout le 19me sicle et jusqu' la deuxime guerre mondiale
de se rapprocher de l'Occident pour lui emprunter ides,
mthodes de pense, techniques, mode de gouvernement
bref tout ce qui n'est pas en contradiction avec la foi et les
pratiques cultuelles islamiques. C'est que allait faire l'empire
ottoman et l'?gypte ds les annes l820- 1840 avant que ne
commence la grande vague des conqetes coloniales des
annes l860- 1912 qui faisaient passer presque la totalit du
monde musulman sous domination occidentale.
Malgr cela les musulmans ne plient pas et continuaient
rechercher les opportunits d'ouverture et du dialogue avec
l'Occident comme allaient le faire les leaders du mouvement
SALAFIYA (rformiste).
AL NAHDA (Renaissance) n en ?gypte ds 1870. C'est ainsi
que Jamal Dine AL AFGHANI et Mohamed ABDOU dcideront
de quitter leurs pays pour venir s'installer Paris en 1881 la
recherche du dialogue avec les personnalits intellectuelles de
l'poque: philosophes, universitaires, savants engags dans un
vaste dbat sur l'avenir du monde et d'o les non-europeens
taient exclus. Les deux leaders du mouvement AL NAHDA
profiteront de leur court sjour Paris pour croiser le fer avec le
philosophe franais Ernest RENAN. Ils fondrent Paris le
premier journal musulman en langue Arabe "AI-URWA AL
WUTHQA". Ils voulaient dialoguer, discuter, polmiquer et
dfendre l'Islam face ses dtracteurs les plus virulents.
Malheureusement leur tentative n'tait pas couronne de succs
et durent quitter Paris amers. Car leurs yeux l'Occident sous
l'impulsion d'un complexe de supriorit sans limites refuse de
reconnatre d'autres systmes de valeurs ou de pense en
dehors de son propre systme unique complet et universel.
Cette mentalit subsiste encore de nos jours; elle est l'origine
de nos problmes et de nos malentendus.
La scularisation(e) qui s'est produite dans les socits
occidentales et qui a dbouch sur la lacisation de ces socits
n'a pas lieu dans le monde musulman: "les musulmans nont pas
tu Copernic..." signale-t-on sur l'autre rive de la Mditerrane.
Cette transformation, particulirement mouvemente dans la
socit franaise, jalonne par de nombreux conflits entre
partisans et ennemis de l' ?glise n'a pas chang de beaucoup la
configuration vis vis de l'Islam et n'a surtout pas amlior
l'image d'une religion perue travers une srie de prjugs
historiques et d'vnements politiques survenus en situations de
crises. La vision gopolitique de la question va prendre de
l'importance pendant les deux derniers sicles au point de
masquer quasiment les autres aspects.
3.1 De la rforme aux expditions coloniales
A la diffrence des dbuts de l'Islam (jusqu'au Xme
sicle) o les contacts se sont oprs spontanment et
directement- sans aucun intermdiaire ni dans l'espace ni
dans le temps- entre les deux mondes musulman et chrtien,
de nombreux facteurs se sont interposs entre le monde
occidental dans sa composante populaire et l'Islam, noter
au premier plan les croisades qui, bien qu'elles aient rat leur
objectif principal, ont nanmoins cre le besoin de donner
un vaste public une image dtestable de l'Islam (selon
l'expression de l'orientaliste M. Rodinson), chose faite
travers les crits des prtres lettrs de l'poque qui se sont
appliqus dmontrer la "fausset" d'une religion qu'ils n'ont
pas tent d'apprhender par la raison et un esprit ouvert,
mais qu'il ont valu par des normes de "tribunaux
d'inquisition" qui n'ont rien voir avec les enseignements du
Prophte Jsus, le but ultime est que l'?glise triomphe tout
prix contre ses "ennemies "ou ceux qu'elle considre comme
ses ennemies. Si l'tat des mentalits de l'poque, sans
l'utiliser comme circonstances attnuantes, peut donner une
explication de cette attitude vis vis de l'Islam, il reste
nanmoins surprenant que la relve soit prise "l'ge des
lumires" par l'orientalisme missionnaire puis militaire. Tout
en se basant sur les crits des prtres voyageurs du Moyen
ge, l'orientalisme a complt sa manire de voir le monde de
l'Islam par une exprience de terrain mene en troite
collaboration avec les diffrentes institutions de l'imprialisme
naissant. A ce sujet R. Garaudy signale que:
"Ce n'tait pas un acte dsintress de recherche
scientifique, il s'agissait de rendre possible une
entreprise missionnaire de conversion. L'orienta-
lisme jouera souvent ce rle quivoque au service
de l'Eglise, de la politique, du colonialisme, ou de la
fabrication d'un orient selon les voeux et le besoins de
l'hgmonie occidentale"(3).
Pour ne citer qu'un exemple, le matre incontournable de
l'orientalisme Sylvestre de Sacy (1757- 1838), premier
professeur d'arabe l'cole des langues orientales (et son
directeur partir de 1824) et professeur au Collge de France a
travaill paralllement au ministre des affaires trangres
comme conseiller de la politique orientale de la France, il rdigea
en arabe les bulletins de la grande arme pour Napolon puis
l'appel de l'arme franaise d'invasion de l'Algrie en 1830. La
France n'est d'ailleurs pas atypique sur ce pont, de l'autre cot
de la manche Max Muller (1823- 1838) qui rgnait Oxford
comme matre des religions de l'orient, a exerc en mme temps
l'universit de Cambridge la fonction de formateur des
administrateurs coloniaux de l'Inde.
3.2 Le vingtime sicle
L'image ngative qu'a le monde occidental sur l'Islam-surtout
quand il s'agit d'un Islam de vaincus et d'indignes"- n'a pas
empch des chercheurs de vrit, non satisfaits de cette image
souvent utilise au service de la "cause coloniale", de faire
l'effort de dcouvrir le monde de l'Islam au del des prjugs. Ils
sont d'abord des intellectuels ou des fonctionnaires qui ont eu
l'occasion de sjourner mme pour des priodes trs courtes
dans les territoires musulmans sans se contenter d'y voir que les
intrts conomiques et stratgiques de la puissance coloniale
la manire de cet homme politique du dbut du sicle(f), qui
dclare lors d'un banquet organis par l'union coloniale" en 1903
au Grand-Htel de Paris:
"Ah! mes amis! quel admirable champ pour votre activit! c'est
l qu`il y en a des gisements de phosphates et des mines de fer,
des terres bl et des plants d'oliviers! c'est la qu'il y aura des
cotonnades vendre pour nos filatures de Roubaix et de
Tourcoing! Et des chemins de fer construire et des ports
creuser pour nos mtallurgistes et nos entrepreneurs! Et des
missions pour nos banquiers! Allez-vous donc continuer vous
chamailler entre vous? Que signifient, je vous le demande, ces
disputes propos de lgres diffrences de tarifs entre colonies
et protectorats quand de telles perspectives s'ouvrent devant
vous? Et bien! je vais vous confier un grand secret Mon ami
Delcasse ngocie en ce moment avec l'Angleterre. En change
de quelques concessions que nous ferons en ?gypte, nous
allons avoir les mains libres de la Moulouya lOcan et de
Tanger au Sahara... ?tablissons ensemble un vaste domaine
d'un seul tenant qui, du Golfe de Gabs l'Atlantique et de la
Mditerrane au grand dsert, englobera la Tunisie, l'Algrie et
le Maroc dans un vaste empire de l'Afrique du Nord!"
Pour ne citer que certains des plus clbres parmi ces
"convertis sans aptre", le docteur Philippe Grenier, dput du
Doubs, Ren Gunon dont la pense a exerc une influence
certaine sur le champ intellectuel de l'poque, des milliers de
franais musulmans continuent de se rclamer de sa ligne
mystique, le peintre Etienne Dinet, les universitaires Eva de
Vitray Meyerovitch et Vincent Monteil et d'autres, sans oublier de
simples citoyens en nombre certainement plus grand, parmi
lesquels un bon nombre prfre garder la discrtion de son
appartenance religieuse pour ne pas attirer sur lui les foudres
des mdias ou tout simplement l'hostilit de son voisinage.
Un autre phnomne marquant du vingtime sicle est celui
du flux migratoire originaire des pays musulmans
essentiellement ceux du Maghreb et des pays d'Afrique noire.
Ce phnomne accompagn de l'installation progressive sur le
sol franais de musulmans d'outre-mer a fini par constituer la
part la plus importante en nombre des musulmans de France
d'aujour d'hui, par naturalisation, acquise d'avance aux rapatris
d'Algrie, partisans de l'Algrie franaise mais "laisss pour
compte" aprs le rapatriement de 1962, mais aussi par l'effet des
naissances.
Ds la premire guerre mondiale, des algriens, qui sont
"sujets franais" ont d'abord fait des meilleurs de gr (8600
en gags) et de force (un nombre gal d'appel) ct de
35000 marocains et 80000 tunisiens, Quelques mois plus
tard, 120000 autres algriens, 35000 marocains, 30000
tunisiens, 50000 africains et quelques milliers de malgaches
viennent travailler essentiellement pour soutenir l'effort de
guerre (au total sur 230000 hommes- dont 37000 chinois-
100000 sont employs uniquement dans les fabriques de
guerre). Le transfert toutes les tapes est assur par
l'autorit coloniale, commencer par le contrat (d'une dure
d'un an en gnral), la slection sur place et l'acheminement
jusqu'aux dpts marseillais (o arrivent galement des
grecs), d'o la rpartition est faite selon les besoins.
Aprs la fin de la guerre, malgr que ladministration a
investi autant d'ardeur pour les renvoyer chez eux qu'elle en
mis pour les faire venir, un certain nombre a russi rester
pour travailler marquant le dbut d'une implantation qui va
nouveau reprendre de l'importance aprs la deuxime guerre
mais cette fois-ci de manire irrversible.
A titre d'illustration, le 30 novembre 1944 la premire arme
franaise dbarque en Province comporte dans ses rangs
sur un total de 233000 hommes, 780000 maghrbins et
12000 originaires de l'Afrique noire. La participation de ces
soldats d'origine musulmane pendant les deux guerres n'est
pas uniquement par le nombre mais aussi par la qualit
comme en tmoigne les faits d'armes des goumiers
marocains, des tirailleurs d'Afrique du Nord et des tirailleurs
sngalais, 25000 musulmans algriens sont tus- pour
dfendre la Frnce- pendant la premire guerre aux ct de
22000 chrtiens et juifs(7). La deuxime guerre n'est pas
moins meurtrire, environ 16000 maghrbins sont tus. Une
fois la guerre finie, vient l'effort de reconstruction l'poque
o la France libre souffre d'une carence en main d'oeuvre.
Non seulement une proportion non ngligeable de tirailleurs
va se recycler dans les chantiers du btiment, des travaux
publics ou encore dans les mines ou dans d'autre secteur de
l'industrie, mais se sont les syndicats d'employeurs qui
prennent largement le relais de l'tat face aux besoins de
reconstruction. A cot de cela, une entre clandestine a
toujours exist depuis les annes 20, difficile estimer sauf
lorsqu'elle tourne en drame comme pour les onze passagers
maghrbins retrouvs asphyxis Marseille en avril 1926
dans les cales du navire Sidi- Ferruch.
La fermeture des frontires en 1974, justifie par la crise
conomique, a pour principal effet lacclration du
regroupement familial et l'augmentation du nombre de familles
qui optent pour l'installation en France. Cette situation a l'air de
surprendre les autorits qui s'attendent peut- tre au contraire,
mais elle a surtout dvoil la ralit parfois dramatique de la
communaut musulmane d'origine migratoire, en rendant plus
pressants un certains nombres de besoins en matire
d'ducation, de culte et du social que, ni les autorits des pays
d'origine, ni l'tat franais n'a pas su pour ne pas dire- quil na
pas voulu satisfaire.
ANNEXE
Quelques personnages de l'Islam en France au 20e
sicle
1- Philippe Grenier: le musulman du Palais-Bourbon
N en 1865 Pontarlier dans une famille la fois trs
catholique et laque, aprs des tudes en mdecine Paris,
le jeune mdecin s'installe 1890 dans sa ville natale. Le
voyage qu'il a effectu la mme anne en Algrie marqua
un tournant dans sa vie, il en est revenu choqu par "le
pauprisme des populations algriennes, par l'abandon
dans lequel elles taient tenues, par la rsignation des
indignes"(g). Aprs un deuxime voyage qui lui permit de
complter sa documentation sur la religion musulmane et
de matriser l'arabe, il dcida d'embrasser l'Islam auprs
des autorits religieuses de Blida et effectua le plerinage
la Mecque la mme anne. De retour Pontarlier vtu du
costume traditionnel algrien, le mdecin suscita curiosit et
surprise chez les habitants de la ville, mais sa rputation de
mdecin dvou et gnreux lui pargna l'hostilit de ces
derniers, surtout qu'a part les changements dans
l'habillement et dans le langage (il rpte assez souvent
"Dieu le veut", Dieu l'a voulu", "nous sommes Dieu et c'est
lui que nous revenons"..), son comportement continue
d'tre marqu par la bont et par la charit: il soignait
gratuitement les pauvres, et s'est intress davantage aux
questions sociales, ce qui l'a pouss vers le conseil
municipal de la ville.
Son intrt pour les questions coloniales l'amena
annoncer sa candidature l'lection lgislative partielle de
1896. Cette annonce suscita des commentaires parfois
sarcastiques dans la presse qui mit en accent sa conversion
l'Islam et le surnomma le "prophte de Dieu": "il n'aurait
aucune chance d'tre lu. Comme quoi l'ont n'est pas
toujours prophte dans son pays" (Libert 30. 11.1896).
Dans Ie journal de pontarlier: "Sans appui d'aucune sorte
politique ou pcuniaire, il a men sa campagne dans des
conditions telles que la Providence qu'il invoque si souvent
pouvait seule lui assurer le succs". "ce musulman sincre
nous changerait, au parlement, des libre-penseurs
socialistes qui meurent dans les bras des curs, et des
chrtiens charitables qui tiennent terniser la servitude
des proltaires" (Rpublique Librale d'Arrars 2/12/96).
R. Fermier qui a consacr un livre au futur dput, dcrit
la campagne qu'il a men: "c'est peine s'il sut faire, de ci
de l deux ou trois runions lectorales.. A longue, au lieu
d'une confrence projete, il dut faire un pauvre diable
l'amputation d'une main. Il n'avait pas d'affiches dans les
communes et dans bien des localits il n'a pas pu faire
parvenir des bulletins de vote. Jamais aucune lection ne
fut aussi spontane que celle-l"(h). A la stupfaction de
tout le monde, il fut lu au second tour (le 20/12/1896). La
nouvelle aura un effet de foudre. La presse l'a accueilli
gnralement avec des commentaires plus ironiques et
sans scrupules pour deux raisons d'aprs R. Fermier: "la
premire, c'est qu'on s'attendait a fter le succs d'un
brillant avocat, la deuxime, c'est que l'lu tait musulman.
La prfecture du Doubs et le ministre de l'intrieur taient
en moi. Malgr la saison, les meilleurs reporters de Paris
se rurent sur notre petite ville". La religion de l'lu allait
"provoquer la mobilisation des porte-plume et le
dbordement des encriers. Pendant trois mois, les gens dits
d'esprit brocardrent cet honnte homme, sans aucun souci
de dignit, de politesse ou de simple respect des
convenances... Ce fut lamentable"(h).
l'Illustration s'interroge "Comment peut-on tre
musulman... de Pontarlier?". Dans Le Figaro on lit: "le
parlement a vu un snateur en vtement breton, un dput
en blouse; Il lui manquait un musulman de Pontarlier. Il l'a".
"Vrai, ce M. Arabe est dput?- de l'Algrie ou du Soudan?-
pas du tout, de Pontarlier, o il y a 300 jours d'hiver..." Dans
Le Soir, un rdacteur s'est pris aux lecteurs "qui ont vot
pour un fou". "une ide gniale a travers les cerveaux des
lecteurs de pontarlier. Ce ne sont pas ces gens qui, ayant
un volcan, le laissent s'teindre. Ils avaient un mdecin
mahomtan et ils viennent d'en faire un dpute" (le Salut
Public). "Un musulman, musulman pratiquant, comme tous
les musulmans. Cette pit ntant point catholique a
touch les pontissaliens qui ont allou un mandat au
prophte qui viendra rclamer des droits civils en faveur de
ses frres d'Algrie: et l'impt progressif sur le revenu
contre ses frres de France" (le Gaulois). "L'exclusion
systmatique en France des reprsentants de Dieu si
nombreux en Allemagne au Parlement, l'exclusion des
catholiques auxquels prfere tous les rastaquoures,
pourvu qu'ils aient l'impit dans l'me, devait amener un
musulman. Nous avons cette honte. Le rengat tait il y a
encore quelques annes, l'tre le plus odieux la France
chrtienne; aujourd hui, il en est le dput" (La Croix).
Quelques journaux se sont distingus de la masse en
adoptant une attitude raisonnable, c'est le cas de
(l'Intransigeant) qui se moque "des clricaux qui ne
dcolrent pas depuis llection de pontarlier" et rend
hommage "cet homme de bien, islamiste ou non, ayant la
rputation de distribuer tout son bien aux pauvres et de les
soigner sans vouloir accepter d'eux aucune rmunration",
et Le Soleil qui trouve son programme "trs touffu... mais
excellent sur tous les points... Il dit ce quil pense sans
s'inquiter de savoir ce qu'on pensera de lui. Du moins nous
sommes srs que celui-l est un honnte homme". Le
mme journal va approfondir le dbat: "Mais il est
musulman? Et bien aprs? La libert de conscience n'existe
pas en France? Et n'tant pas libre d'lire un musulman
aussi bien qu'un juif ou un athe?.. Je prfere un musulman
sincre et sans fanatisme un homme qui n'a pas de
religion du tout, le turban et le burnous tonneront au milieu
des jaquettes et des redingotes de nos dputs. On s'y fera;
et quand il y a 100 dputs dans une chambre franaise
pour reprsenter les intrts de la tribu d'lsral, je trouve
assez juste qu'il y en a pour dfendre les droits des quatre
millionsde sujets arabes et kabyles que la racaille juive
exploite ranonne et opprime indignement".
Aprs les lections, la presse locale s'est montre plus
dairvoyante: "Le Dr Grenier est un homme charitable,
humanitaire par excellence, jamais un service ne lui fut
demand en vain. Il est la providence des pauvres et des
malheureux. Ador des indigents et respect de tous, il sera
au palais-Bourbon le porte-voix des misres sociles et des
revendications humanitaires" (Petit Comtois). "La Presse
clricale et nombre d'organes rpublicains n'ont voulu voir
en lui que ce qu'il y avait d'original, d'extravagant mme
dans sa vie sans tache... Alors que la population
pontissalienne manifeste ses bienveillants sentiments sous
les fentres de l'lu et que les lus locaux sont venus le
fliciter de son sucs... La blague en France ne perdant
jamais ses droits, on a blagu sans le moindre souci de la
dignit des 5138 lecteurs qui ont accompli leurs devoirs
lectoraux, en citoyens qui savent tout aussi bien qu'on le
sait Paris ce que vaut un bulletin de vote".
Pendant les premiers jours qui ont suivi son entre au
Parlement, le dput de Pontarlier affronta avec courage et
sagesse les harclments des journalistes, les obligeant
ainsi changer de ton la dcouverte de sa vraie
personnalit: C'est un fort galant homme car bien que son
costume prte la plaisanterie, il suffit de causer quelques
minutes avec lui pour se rendre compte que ce n`est pas un
fou qui parle, pas plus qu'un assoiff de rclame. Tout dans
sa personne, je le rpte, dnote un convaincu, dans tous
les cas, un homme honnte, un esprit claire" (La
Lanterne).
A la question sur sa conversion il rpond: "Par got, par
penchant, par croyance, et nullement par fantaisie, comme
quelques-uns l'ont insinu... ? la suite de mon voyage en
Algrie, ce qui n'tait qu'un penchant est devenu ferveur,
mais ferveur raisonne, car ce n'est qu'aprs une lecture
attentive du Coran suivie d'tude: approfondies et de
longues mditations que j'ai embrass la religion
musulmane. J'ai adopt cette foi, ce dogme, parce qu'il
m'ont sembl tout aussi rationnels et en tout cas plus
conformes la science que le sont la foi et le dogme
catholique. J'ajoute que les prescriptions de la loi
Musulmane sont excellents puisquau point de vue social, la
socit arabe est base toute entire sur lorganisation de
la famille et que les principes dequit de justice, de charit
envers les malheureaux y sont seuls en honneur, et quau
point de vue de lhygine, ce qui a bien quelque importance
pour un mdeicin, elle proscrit lusage des poissons
alcoolise et ordonne des ablutions frquentes du corps et
des vtements. Tous croyant peut tre le prtre de Dieu,
et, entre ce dernier et sa conscience, il ny a aucun
intermdiaire.Le Coran est un livre rvl qui apporte aux
homme les dernier ordres de Dieu.
Dans toutes ses interventions au parlement fidle
ses principes, il a dfendu les pauvres, et soutenu les
citoyens des colonies en proposant plusieurs projets
concernant linstruction, lassistance mdicale, laide
lagriculture, la rpartition des terres, la naturalisation et
laccs la fonction publique pour les musulmans dAlgrie.
Bien que ses propositions soient accueillies par des trs
bien et des applaudissements; paradoxalement, acune na
t retenue aprs le vote!
Quand les Allemands occuprent Pontarlier, en
1940, le vieillard sest mis la disposition des autorits pour
le cas o il y aurait besoin dotages. Il refusa toutes les
distinctions (la croix, la lgion dhonneur..) qui lui ont t
proposes. Le 25 Octobre 1944 il steigne quelques moi
avant la libration de Pontarlier par un de ces nord-africains
quil a tant de fois dfendu pendant sa vie.
2- Ren GUENON (i)
C'est le plus clbre des franais oenvertis l'Islam en
raison de son itinraire, de sa stature intellectuelle, du dbat
provoqu par la publication de ses livres et lors de sa mort en
1951, de nombreux franais musulmans continuent de se
rclamer de lui.
N Blois le 15 novembre 1886 d'une famille de la
bourgeoisie catholique de la ville. Aprs un parcourt en
compagnie des occultistes, puis des francs-maons pendant
deux ans, il s'est intress aux religions chinoises et hindoue
puis au soufisme islamique. Par l'intermdiaire d'un peintre
sudois (converti l'Islam en 1912), Gunon est rentr en
coentact avec "une personnalit religieuse de premier plan au
Maghreb" le Cheikh Abderahman Elich, personnalit religieuse
maghrbine installe au Caire et faisant partie de l'entourage de
l'?mir Abdelkader la fin de sa vie.
Il se convertit l'Islam en 1912 l'ge de 26 ans et se
marie la mme anne. Aprs quelques annes d'enseignement,
il se consacre entirement la recherche de ce qu'il a appel
"LA connaissance mtaphysique intgrale" ou sotrisme il
condamne svrement le matrialisme scientiste et
volutionniste" en 1913 il collabore la "Franoe
antimaonnique" sous un pseudonyme, ses crits ont provoqu
la colre la fois des catholiques et des maons, les intgristes
le considraient comme le serviteur subtil de la "haute
maonnerie lucifrienne" alors que les loges maonniques
l'accusaient d'tre un agent des jsuites.
Aprs la mort de sa femme qui l'a beaucoup affecte en
1928, R Gunon (devenu Abdelwhed Yahya) dcide de
s'installer dfinitivement au Caire partir de 1930, pour se
consacrer ses travaux personnels tout en restant attentif la
vie intellectuelle et spiritiuelle europenne, expliquant sa
dcision par "la perte de tout espoir d'oeuvrer utilement au
redressement intellectuel du monde occidental". Aprs son
deuxime mariage en 1934 d'une jeune "descendante du
Prophte", fille d'un cheikh gyptien, il dmnage vers la
banlieue du Caire o il passa le reste de sa vie jusuq' 195, date
de sa mort. Il a laisse deux filles et deux fils.
L'importance de l'oeuvre de Ren Gunon, vient de
l'influence qu'il a exerce sur la vie intellectuelle franaise. De
nombreux hommes de lettres de plusieurs gnrations ont
admir ses oeuvres ou mme reconnu avoir t influencs ou
inspirs par sa pense. Pour ne citer que les plus clbres, L.
Bainville et L. Daudet qui lui consacra un feuilleton, Chaoemaoe
directeur de la revue "Voile d'Asi", les crivains L. Benoist, R.
Barjaval, L. Pauwels, A Parez et A. Gide.
Sa mort a suscit dans la presse de l'poque, une large
panoplie de commentaires oscillant entre les hommages et la
critique de son adhsion l'islam: "R. Gunon est lun des plus
surprenants directeurs spirituels de l'Occident" (Rforme). La
France Catholique l'a flicit d'avoir combattu les "idologies du
progrs, de l'volution et de l'historicisme", alors que La Croix
dplore que le pauvre Gunon" n'a pas su trouver dans "l' ?glise
de son baptme la lumire qu'il avait t chercher ailleurs" Pour
les Nouvelles Littraires, le prophtisme de l'apocalypse" de R.
Gunon "ne donnait pas, toutefois les clefs d'une participation au
monde prsent."
S. Sellam regrette l'tonnement exprim par "ceux qui se
faisaient une pitre ide de la religion du Prophte"(2) lorsqu'une
"recherche aussi ardente et exigeante ait conduit son auteur
choisir l'Islam" citant le cas d'un chroniqueur littraire du Monde
en 1953 qui, "aprs avoir admis les qualits intellectuelles de R.
Gunon, ne comprend pas que lIslam ait pu tre
l'aboutissement d'un itinraire aussi exceptionnel". Son
problme est qu'il "s'accommodait de quelques prjugs qui
empchent d'aller loin dans la comprhension d'autrui".
Principaux ouvrages de Ren Gunon:
- Introduction gnrale ltude des doctrines hindoue
- Thsophisme: histoire d'une pseudo-religion; o il a
critiqu svrement les orientalistes de son poque.
- Orient et Occident, dans lequel il expose ce qu'a perdu
l'Occident depuis le Moyen- ge et met la possibilite d'entente
entre les lites d'Occident et d'Orient.
- Le rgne de la quantit et le signe des temps, (Le Caire).
-Les rgls du calcul infinitstimal (Le Caire).
3- EVA DE VITRAY MEYROVITCH
Elle a dcouvert l'Islam de manire progressive. Sa
passion pour la philosophie islamique, qui s'est construite tout au
long de cette dcouverte, s'est solde par la prparation d'une
thse prvue l'origine pour la philosophie grecque. Les
quelques crits sur l'Islam, dus une poigne d'orientalistes,
n'taient pas suffisants pour se faire une ide claire de la religion
du prophte, c'est en s'intressant aux oeuvres du penseur
musulman de l'Inde Mohamed Iqbal crits en anglais et en
persan qu'elle a connu rellement l'Islam. Aprs sa conversion
au dbut des annes 50, elle a particip avec M. Hamidullah la
cration du cercle culturel islamique, et plus tard au dialogue
islamo-chrtien. Elle a aussi anim avec Nadjm Oud Dine
Bamate et Vincent Monteil des missions de haute tenue
consacre l'Islam sur France-Culture.
Interroge sur l'attrait de l'Islam en Occident, Eva de Vitray
pense qu'il a une trs grande soif de spiritualit actuellement qui
se traduit souvent sous une forme un peu aberrante. D'autre
part, on constate que la jeunesse intellectuelle est gne par le
ct institutionnel, conformiste et autoritaire des religions? Or, un
grand trait de l'Islam, mes yeux c'est justement de rcurer le
ct conformiste, l'imitation aveugle, (ce que l'on appelle le
taqlid) l'autorit absolue, tradition, au sens troit du terme. Je
crois aussi que l'Islam offre une libert plus grande que les
autres religions" (j)
Eva de Vitray s'est intresse particulirement au soufisme
auquel elle a consacr plusieurs ouvrages dont le contenu, a
suscit de nombreuses critiques de la part des connaisseurs de
la mystique musulmane.
Ses articles sur la situation de la femme musulmane
devant la loi, font preuve d'une connaissance approfondie et
d'une srieuse documentaire sur la question. A propos de la loi
islamique elle a rappel "qu'il importe de tenir compte de
l'poque laquelle ces rgles furent dicites: une chronologie
compare avec le monde occidental nous rserverait quelques
surprises!... La lgislation islamique est base sur le Coran et la
Sunna du prophte.
Dans son testament prononc lors du plerinage d'adieu
en l'an 10 de l'hgire, Mohamed a consacr une partie aux
femmes: ? peuple, en vrit, vos femmes ont des droits sur
vous. Assurez leur le meilleur traitement. Vous les avez prises
comme un dpt de la part de Dieu. Craignez donc Dieu en ce
qui concerne les pouses et je vous ordonne de les bien traiter.
? Dieu soit tmoin".
Par ailleurs, le prophte disait que "les meilleurs, parmi les
croyants, taient ceux qui tmoignaient de leur bont envers
leurs pouses"...
Parmi les compagnons du prophte, il y avait une vingtaine
de femmes juristes et de nombreuses autres, en plein moyen
ge, taient professeurs dans les universits, ayant des
tudiants tant masculins que fminins.
"En matire de mariage, le Coran prescrit un
consentement libre et rciproque. Du temps du prophte la fille
devait tre consulte par ses parents avant que ceux-ci puissent
donner leur consentement aux fianailles. La Prophte avait
mme conseill un certain Mughira Ibn Chi'bah de voir la jeune
fille dont il avait demand la main avant les fianailles pour ne
pas risquer des regrets". (k)
D'aprs le Coran, "c'est un des signes divins que de vous
avoir donn des compagnes tires de vous-mmes pour que
vous trouviez la paix auprs d'elles, et d'avoir tabli entre vous
affection et tendresse" (XXX,21); "les femmes ont autant de droit
que de devoirs envers leurs maris" (II, 228); "il convient de vivre
en harmonie mme en cas d'antipathie" (IV, 19 et LXV, 6);
arbitrage et tentative de conciliation sont prvus en cas de conflit
(IV, 35 et 128). La sparation n'est qu'un pis-aller (11,226), la
rpudiation la pire des choses permises, a dit le Prophte.
A la femme revient une indemnit en cas de divorce (11,
241). La polygamie est permise avec des conditions qui tendent
la rendre exceptionnelle...
Du reste, le droit musulman reconnat la femme la
possibilit d'inclure dans son contrat de mariage une clause
stipulant que son mari restera monogame.
La loi islamique reconnat la femme un droit absolu sur
ses biens dont elle peut disposer son gr si elle est majeure,
sans avoir besoin de l'autorisation de son mari en cas de dette
de l'poux, la fortune personnelle de l'pouse n'est pas
hypothque.
"Si les prescriptions concernant l'hritage semblent la
dsavantager, il ne faut pas oublier qu'outre son autonomie
financire sur ses biens propres, elle a droit l'entretien; auquel
le tribunal peut obliger le pre, le mari, le fils, etc., ainsi qu' son
mahr, son domaine, en cas de sparation... Le mahr a un sens
symbolique: il constitue le signe de l'mancipation juridique de la
fille qui devient majeure de ce fait avec pour consquence, le
droit d'ester en justice, mme contre son mari (l)
Elle ne cesse de rpter que la femme musulmane a "des
droits que sa soeur franaise ne possdait pas en vertu du code
de Napolon et dont elle ne dispose que depuis peu d'annes". Il
arrive cependant que l'interprtation des textes de loi et par
consquent la dcision du magistrat soit imprgne par des
prjugs "trs peu coraniques" qui persistent dans le milieu
sociologique, et Eva de Vitray s'interroge: "Quelle socit peut
s'en dire totalement l'abri?.
Commentant cet article, S. Sellam ne cache pas sa
satisfaction de la lucidit des propos de la "musulmane de
Paris": "Voil qui nous changera des affirmations premptoires
et pseudo-savantes de certains sociologues de l'immigration qui
brandissent le Coran avant de disserter, sur la condition de la
femme arabe immigre qui semble les indigner beaucoup plus
que les meutres commis contre leurs enfants. (2)
4 - Un survol des hauts- lieux de l'Islam en France
Dans cette partie, seront cits uniquement les lieux ayant
une valeur historique. Trs nombreuses pour tre cites sont les
salles de prires amnages dans des anciennes usines, des
pavillons, des foyers et mme des caves par des hommes pleins
de bonne volont, face l'abandon des autorits des pays
d'origine et l'indiffrence de celles du pays d'acceuil, afin de
rpondre des besoins pressants cres par la sdentarisation
de la main d'oeuvre d'origine musulmane.
Dans la presqu'ile de Saint Tropez, des mosques furent
conrtruites dont il ne reste aujourd'hui aucune trace. Aucune
trace ne reste non plus de l'enclave musulmane- de Xe sicle-
du Jabal Al Qilal (la Garde- Freinet). Pendant les croisades, une
mosque a t construite par un crois, mais il est peu probable
qu'elle ait servi la prire:
"Dans les Ardennes, Buzancy, au lieu-dit
Mahomet, se voient encore les ruines de la mosque
qu'un crois, Pierre d'Anglure, comte de Bourlmont, fait
prisonnier par les Sarrasins, construit au dbut du XIIIe
sicle en reconnaissance de la libert qui lui avait t
rendues.
A Nice, un ancien diplomate en retraite a construit une
mosque au dbut des annes 20. Un exemple pareil existe
toujours Tarbe. Une salle aurait t amngae dans le
chteau de Versailles pour permettre aux ambassades de
l'empire ottoman d'accomplir leurs prires (2).
L'difice le plus important, du moins par les
polmiques qu'il a soulev et les conflicts qui ont jalonn
son existence est indiscutablement la "grande" Mosque de
paris, Institution franaise l'origine, construite en 1926
dans le but de manifester au dbut de ce sicle que la
France est une "Grande puissance musulmane" et peur
attirer la sympathie des "sujets musulmans" dans l'espoir de
mieux russir "la pacification" des colonies, avant de servir
de lieu de culte pour le millier de musulmans rsidant
Paris l'poque. Aprs la construction, un membre du
conseil municipal de la ville de Paris qui a cd le terrain de
6000 m2 situ en face du jardin des plantes appartenant
auparavant l'assistance publique a prcis que "le geste
de Paris aura une porte considrable. Ce faisant, la ville de
paris apporte une aide prcieuse au gouvernement et notre
assemble prouve une fois de plus qu'elle n'oublie pas que
paris n'est pas seulement la capitale de la France
mtropolitaine, mais aussi la capitale de la France d'outre-
mer la capitale de la plus grande France... C'est par de tels
gestes que la France sait attirer l'amour de tous ses sujets
indignes qui n'hsitent pas le jour venu, faire le sacriface
de leur vie pour la dfense d'une si belle patrie. Paris en y
aidant fait de la bonne besogne". pour le fonctionnaire de la
ville de Paris, la construction de la mosque rpond des
objectifs bien prcis: garantir la cohsion de l'empire
colonial et mener une "politique musulmane" active surtout
que pendant la guerre, de l'autre cte du champ de bataille,
les allemands allis de l'empire Ottoman hissaient le
drapeau de l'Islam, en quelque sorte l'image de Napolon
qui pendant l'expdition d'Egypte le mpris qu'il a pour toute
religion ne l'a pas empch de faire porter ses soldats
l'uniforme musulman et de proclamer aux gyptiens: "nous
sommes les vrais musulmans" et en dernier lieu vient la
reconnaissance du sacrifice des soldats musulmans morts
pour la France par milliers pendant cette guerre.
L'essentiel des fonds ncessaires la construction
ont t rcolts dans les pays musulmans grce des
collectes dans les mosques et dans les guichets de
banques. Les participations taient les suivantes:
Algerie
2 500 000 FF
Maroc
2 000 000 FF
Tunisie
700 000 FF
Gouvernement franais
500 000 FF
Rsidence gnrale
Algrie
100 000 FF
Rsidence gnrale
Maroc
100 000 FF
Rsidence gnrale
Tunisie
60 000 FF
Autres gouv. coloniaux
60 500 FF
Selon un fonctionnaire de la ville de Paris, l'ide de
construction d'une mosque Paris remonte 1849, mais
elle n'entre dans le domaine des ralisations envisageables
qu' partir de 1895. La premire guerre 'grande dvoreuse
de soldats nord-africains" a rendu la proposition admise par
tous. Les moins favorables un lieu de prire ont soutenu la
construction d'une statue en signe de reconnaissance aux
morts musulmans, mais ceux qui connaissent mieux le
monde musulman comme le Marchal Lyautey les ont
convaincus qu'une statue n'a pas de signification du moins
positive chez les musulmans. Le Sultan ottoman
Abdelhamid a obtenu la promese de la construction d'une
mosque dans la capitale, mais la constuction d'une
mosque Paris "s'inscrit d'emble dans un faisceau
d'enjeux internationaux; elle ne peut avoir pour initiation que
la volont de l'autorit franasie et elle est fonction de ses
options conjoncturelles" (8).
C'est Ainsi que l'inauguration a eu lieu en 1926 en
prsence du Sultan sous protectorat franais, Moulay
Youssef. Au Maroc, cette mme anne marque la fin de la
guerre du Rif qui a oppos le nord du Maroc sous le
commandement de Abdelkrim l'administration coloniale
espagnole depuis 1921. Malgr le ralliement de ces derniers
aux franais, Abdelkrim qui a proclam une rpublique
musulmane indpendante, a pu raliser, avant la bataille
ultime qui a marqu sa dfaite, plusieurs victoires, au point
que les habitants de Fs, s'attendent ce qu'il assiste la
crmonie de l'ad al adha la place du Sultan. Lyautey,
grand architecte de "la politique musulmane" de la Franc et
l'un des promoteurs de la construction de la grande
mosque a not dans une dpche de dcembre 1924 que
"`rien ne serait pire pour notre rgime que l'installation prs
de Fs d'un tat musulman, indpendant, modernis e'
soutenu par les tribus les plus aguerries".
La mosque de Paris est gre par la "socit des
Habous constitue en Algrie sous l'gide du gouvernement
franaise, mais tablie en France sous forme d'une
association loi 1901 le 24 dcembre 1921, pour avoir le
statut juridique lui permettant la fois de recevoir des
subventions et de pouvoir exercer sa mission sur le sol
franaise. A part des phrases logieuses et prometteuses
d'un avenir pour la nouvelle mosque, lors discours
inauguraux prononcs par des "personnlits musulmanes"
au nom de musulmans qui ne les ont jamais dlgus, La
mosque n'a exerce aucun attrait sur les musulmans en
France en nombre de plus en plus croissant durant toute la
priode qui s'tend jusqu' la libration de l'Algrie et
l'arrive des harkis. D'autant plus que la direction de cette
institution a t tenue par des personnages qualifis, dans
le meilleur des cas, de douteux, par les leaders des
mouvements nationalistes. Dans un tract diffus en 1926
par l'?toile Nord Africaine dirige par Messali Lhadj, pour
s'opposer l'inauguration, on lit: "On va inaugurer la
mosquerclam. Les pantins, le sultan Moulay Youssef,
etc., les uns et les autres ont encore les mains rouges du
sang denos frres musulmans". Pendant le congrs islamo-
european septembre 1935, Mesaali demande qu'y soit
dbattue "la question de la mosque de Paris et du caf y
attenant... attendu que I'accs de ces tablissements est
dfendu aux: travaillieur indignes, par suite de leur
mdiocre tenue vestimentaire".
Pour des raisons lies l'ambiguit qui a accompagn
sa construction, aux complications de factionnement qui se
sont accumules pendant la soixantaine d'anne de son
existance marqus par des vnetments particulirement
important, mais aussi pour les nombreux conflits qui ont
oppos des personnages intresss par la socit des
Habous qu'ils ne sont soucieux du rle que doit exercer une
institution aussi importante que la mosque de Paris au
sein d'une communant la recherche de repres, la
mosque de Paris na jamais exerc pleinement et
efficacement ce rle au sein de la population musulmane
de France.
DOZY "Histoire des musulmans d'Espagne" T2 p43.
(cit dans ref 1)
Blasco Ibanez "A I'ombre de la cathdrale" (cit dans
ref. 1)
(c) C. Gasbari, "Islam et Christianisme" in "En terre
d'Islam", 2e trimestre 1940 (rer. 2).
(d) C. Cahen, "Islam et minorits confessionnelles an
cours de I'histoire", Juin 1958. (ref.2).
(e) Processus qui a conduit la Ia?cisation de la
occidentale.
(f) Il s'agit d'Eugne Etiennne dput d'Oran, plusieurs
fois ministre franais des colonies.
(g) R. Fermier: "Docteur PhiIippe grenier, ancien de
Pontarlier" Faivre-Verney 1955.
(h) Cit dans ref. 2.
(i) P. Srant "Ren Gumon" (ref. 2)
(j) Interview publi par le mensuel "Aurores" (Mai
1981) (dans ref. 2)
(k) Article publi par la Suisse du 25/05/I980 (cit
dans ref. 2)
(l) Cit par Ren Weiss l'occasion de Inauguration
de la mosque de Paris 1927.


Rfrences :
GARAUDY R., "L'Islam en Occident" l'Harmattan
1987)
SELLAMS., "L'Islam et les musulmans en France", d.
Tougui (1986).
GARAUDY R., "Promesses de l'islam", d. Seuil (198)
Michel Le Syrien, "chroniques" (cit dans ref 1).
Rouche M., "De Wisigoths aux Arabes, l'Aquitaine 418-
78 & naissance d'une rgion".
Rodinson M., "La fascination de l'Islam", Maspero,
Paris (1980)
Frmeau J., La France et l'Islam depuis 1789", Puf
(1991)
8- Keppel G., "Les banlieues de l'Islam ", Seuil (1991).


 
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