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   Confrences \ LAHUITIEME CONFERENCE : L'ISLAM ET LE DIALOGUE CIVILISATIONNEL
 
L'ISLAM ET LE FUTUR DIALOGUE DES CIVILISATIONS

L'ISLAM ET LE FUTUR DIALOGUE DES
CIVILISATIONS
Prsent par ELHADJ MAMADOU SALIOU
SYLLA,
Secrtaire Gnral de la Ligue Islamique
Nafionale de Guine, Membre du Conseil de
Gouvernement.
Le monde islamique traverse aujourd'hui tant
d'preuves et de crises que seule sa cohsion peut
lui permettre de les surmonter. Cependant, grce
notre volont, nous pouvons encore y faire face et
faire de notre Ommah, une nation incontournable
pour la solution des problmes mondiaux. Surtout
depuis l'branlement du systme socialo-
communiste, ces preuves se sont exacerbes sur
diffrents fronts. En effet, riche de notre culture et
de notre civilisation codifies dans le Saint Coran
depuis quatorze sicles, et qui ont largement inspir
le monde contemporain pour confectionner ses
chartes et conventions, l'Islam a un important rle
jouer dans le dialogue des civilisations. Pour ce
faire, nous devons d'abord remettre de l'ordre dans
notre maison en oeuvrant pour le renouveau de
notre civilisation, de la science et de la culture, au
service du dveloppement et de l'panouissement
de l'homme musulman.
Notre civilisation millnaire est toujours vivace et
d'actualit. Elle ne doit tre ignore de l'opinion
publique dans la confection des rgles de vie de la
socit. La mobilisation de nos ressources
humaines, intellectuelles et matrielles au service
de l'essor du monde musulman, favorisera
incontestablement l'closion d'une civilisation
islamique nouvelle qui rponde aux esprances
prsentes et futures de toute l'humanit. L'volution
actuelle du monde a ses rpercussions invitables
sur le monde musulman, qui doit mieux s'organiser
pour affronter cette nouvelle donne. Nous devons
tre la hauteur de l'volution atteinte par la
culture, la science, la technologie, pour assurer
l'homme musulman une formation adquate.
Le rendez-vous du dialogue des civilisations
traitera ncessairement de la science, la culture et
le dveloppement, le tout dans un contexte de
justice, de tolrance et d'acceptation de l'autre.
Mais pour y arriver, il est important de bien
assimiler les concepts de l'Islam en tant que
religion de paix et facteur d'unit des peuples.
Ainsi, connatre bien l'Islam, c'est connatre la
socit, son histoire, ses contradictions, ses lignes
de dveloppement et ses objectifs. C'est aussi
connatre Dieu travers tout ce qui existe et qui est
cr par lui. C'est savoir que le peuple n'est pas
cr pour l'Islam, mais que l'Islam est cr pour le
peuple en vue de l'unir, de l'clairer et le guider.
L'Islam est cr pour l'homme afin de lui permettre
d'acomplir sur terre tous ses devoirs l'gard de
Dieu, l'gard de la Socit.
On peut donc aisment comprendre que pour
les arbres et les animaux il n'y ait pas de religion,
et qu'elle n'existe uniquement que pour le peuple,
pour les hommes. Si la vie des vgtaux, des
animaux et de l'homme est incorpore dans la vie
de la nature physique, cependant pour l'homme,
Dieu a plac en lui la conscience, l'esprit, en le
favorisant sur toutes les cratures. On peut
emprisonner le corps physique qui est le
prolongement de la terre, mais on n'emprisonne
pas l'esprit qui est le prolongement de Dieu.
L'esprit transcende le temps et l'espace alors que
le corps est esclave du temps et de l'espace. La
communication avec Dieu procde de l'esprit. Si
pour marcher sur terre nous avons besoin de la
lumire du soleil ou de la lampe, pour marcher
dans l'univers et vers Dieu, il faut la lumire de
l'esprit.
L'Islam au service de l'homme permet l'esprit
de le guider correctement, dans toutes ses
activits. Et si l'esprit ne le guide pas
correctement, il trahit l'Islam. L'Islam libre l'esprit
de l'homme, le corps de l'homme et lui permet de
savoir qu'il est la cration privilgie par Dieu avec
le pouvoir d'utiliser toutes les autres crations pour
le bonheur de la socit. On sait que plusieurs
prophtes se sont succds pour transmettre le
message de Dieu. Le dernier des prophtes est le
prophte MOHAMED (Paix et Salut sur Lui). Nous
savons donc que l'Islam condense toutes les
vrits qui ont t communiques l'humanit
pour clairer le chemin des hommes et permettre
que rgnent entre eux la vrit, la justice, qu'ils
soient solidaires dans leurs rapports afin qu'ils
puissent tre tous heureux. C'est pourquoi l'Islam
n'appartient aucun homme, aucune famille,
aucune race, il appartient l'humanit toute
entire, afin que celle-ci soit heureuse et exploite
tous les biens de la nature au profit de tous les
hommes. C'est cela qui doit tre la base du futur
dialogue, un dialogue pour la dignit de tout
homme et de toute socit, dialogue pour la
dfense de la justice, de la libert, la dmocratie et
la paix. il faut connatre les deux chemins: le
chemin du bien, le chemin du mal et choisir
rsolument le chemin du bien contre celui du mal.
La civilisation est la connaissance de cette
ligne et la reconnaissance d'autrui, la mise en
commun des connaissances et des moyens pour
btir un monde plus juste, bannissant le racisme,
le rgionalisme, l'puration ethnique et les
guerres. Le dialogue de cette fin de 20me sicle
doit tre la reconnaissance la vie et au bonheur
tous les hommes, la lutte en commun contre les
maladies, les travers sociaux, l'alcoolisme et la
toxicomanie (les drogues) qui dciment nos forces
vives, je veux parler de la jeunesse, l'avenir de
l'humanit.
La civilisation consiste mieux connatre ce qui
se passe ailleurs pour amliorer sa propre
connaissance et cela sans aucune forme
d'aculturation ou d'alination mais dans la
complmentarit du savoir et du savoir faire. Avec
le Dveloppement sans prcdent de la
communication (Tlphone, fax Tlvision,
Satellite etc...) nous assistons aujourd'hui une
vritable mondialisation de l'conomie sur des
critres de libre entreprise et d'conomie de
march, entranant un bouleversement sans
prcdent des cultures individuelles pour atteindre
l'universialit. Toutes sortes de programmes sont
dsormais dverses quotidiennement par les
antennes paraboliques sur tous les coins de la
plante, dans les cinq continents avec tous les
risques de drapage. C'est pourquoi il s'avre
extrmement important, que la toute puissance
des mdia ne soit utilise pour dverser sur le
monde des programmes obsnes ou
essentiellement, violents, mais aussi et surtout des
programmes educatifs, de connaissance des
autres dans leurs richesses culturelles, de
formation et d'ducation scientifque, pour lever le
niveau de comprhension et d'analyse des uns et
des autres.
La science et la technologie ne doivent tre
l'apanage d'aucun peuple.
On ne peut opposer la science Dieu, car mme
cette science, l'homme ne l'invente pas, il la
dcouvre. Il fait des recherches que aboutissent la
dcouverte de la science. C'est pourquoi toutes les
sciences que l'on dcouvre doivent tre analyses
dans un esprit que vise exclusivement l'intrt
gnral en tant qu'effets de la matrise de la
conscience humaine sur la matire. La science doit
nous servir et non nous dtruire. De ce qui prcde,
nous pouvons affirmer que le devoir commence par
la Socit et finit par elle. La socit est
l'intermdiaire entre Dieu et chacun de nous pour
pouvoir natre, tre duqu, protg, soign et
devenir homme au sens propre.
Cette socit doit tre duque sur des bases
saines, avec bon esprit, afin que son action soit
toujours oriente vers le bonheur de l'humanit toute
entire, transcendant ainsi les barrires
gographiques, linguistiques religieuses raciales et
autres. Il reste entendu que cette ducation doit tenir
compte du degr d'assimilation des uns et des
autres. Elle doit tre graduelle et progressiste
comme nous l'enseigne le Saint Coran qui lui mme
ne nous a pas t envoy d'un seul bloc, mais par
tapes ceci pour fortifer nos coeurs et l'enseigner
progressivement.
En effet, si tout le monde est convaincu de la
ncessit d'un nouvel ordre mondial plus juste, il
nous appartient cependant d'duquer
progressivement nos populations l'accepter, car
vouloir imposer la vrit en un bloc, les gens
risquent de la rejeter et cela engendrerait la
discorde. Il faut donc un dialogue de patience et de
persvrance pour persuader et convaincre.
Convaincre les protagonistes que le salut de
l'humanit rside dans le dialogue, la
comprhension mutuelle, la coopration fraternelle,
une approche pacifique de tous les diffrends.
Hier, c'tait la loi de la Jungle o les armes de
destruction massive ont atteint une perfection
horrible pouvant plusieurs fois anantir notre globe,
il devient de plus en plus vident que seule cette
acceptation des diffrences et le partage quitable
des sources de bonheur, pourrait sauver
l'humanit. Pour cela, et pour mieux comprendre, il
est de notre devoir de nous perfectionner nous-
mmes et perfectionner les autres en vue de les
aider mieux comprendre, et forger leur
bonheur.
Que vaut une civilisation o les gens s'entre-
tuent ou vgtent dans la misre?
Est-ce cela une civilisation au sens contemporain
du mot?
De nos jours, le dialogue sur la civilisation doit nous
viter le choc moral et porter sur l'action commune
pour que les frres malheureux connaissent le
bonheur. Celui qui cherche une fin heureuse, doit
porter secours ceux qui sont malheureux. Il s'agit
donc de choisir la socit, choisir l'homme,
construire une socit solidaire. Enfin, je voudrais
conclure en disant que si hier la civilisation tait
apprcie en fonction du mode de vie, du degr de
culture et d'aisance, aujourd'hui, plusieurs autres
paramtres sont prendre en compte. Le monde
contemporain a atteint un tel niveau de
dveloppement scientifique, technique et
technologique que l'on risque de se retrouver la
case dpart, o seul le plus fort a raison. Ce sera la
barbarie, comme les actuelles guerres tribales,
racistes, les purations ethniques, etc..
Le dveloppement est si ingalement reparti
que la pauvret et la misre sont devenues des
flaux qui menacent galement ce relatif quilibre
que nous vivons. De ce fait, le dialogue des
civilisations doit avoir pour objectif essentiel, la
mise en commun de nos expriences et de nos
potentialits, en conciliant l'unit et la diversit.
L'Islam est ce cadre qui regroupe des peuples
diffrents, des cultures locales varies et des
milieux diversifis, dans une mme religion de
monothisme, sans rivalit, ni discrimination,
acceptant le droit au pluralisme et la diffrence.
Chaque peuple a droit au respect de son identit
culturelle, la prservation de sa culture et de son
patrimoine culturel. Le droit la formation,
l'ducation et la matrise de la science, de la
technique et de la technologie doit tre reconnu
tous.
L'interdpendance des pays ncessite une
coopration pacifique et bnfique tous, dans la
tolrance et le stricte respect des valeurs
humaines, pour un monde de paix, de concorde et
de dveloppement quilibr.
En raison du fait qu'il tait l'manation de la
Ligue Islamique mondiale- considre tort en
Belgique comme l'autorit religieuse internationale
de rfrence, par analogie avec le modle
catholique- l'Etat belge a considr, au dpart, le
Centre Islamique et Culturel comme son
interlocuteur naturel en tant qu'organe
reprsentatif des musulmans de Belgique. Celui-ci
s'est donc vu reconnaitre le rle de coordinateur
pour la mise en place des structures
reprsentatives lgales prvues par les lois de
1974, 1978 et 1981.
La prtention du Centre Islamique et Culturel
la reprsentativit de l'Islam en Belgique rpondait
ainsi aux attentes de L'Etat belge, qui y voyait le
rpondant organis conforme aux exigences de la
loi, et de surcroit bnficiant d'une reconnaissance
de puissances musulmanes amies de l'Europe.
Pour se poser en reprsentant de l'Islam en
Belgique, le Centre islamique bnficie d'atouts
divers; il se prsente comme une association
internationale constitue conformment la loi de
1919, il est suscit par une organisation
internationale reconnue, son conseil
d'administration est compos de chefs de mission
accrdits en Belgique qui sigent en qualit de
membres permanents de droit, il dispose d'un
Conseil gnral prsid par l'ambassadeur
d'Arabie Saoudite et enfin d'un bureau excutif lui
aussi prsid par l'Ambassadeur d'Arabie
Saoudite. Le Centre Islamique rpond ainsi
pleinement, du point de vue lgal, aux souhaits de
la Belgique sur le plan interne, et conforte, par la
mme occasion le systme d'alliance dans lequel
elle est implique au Moyen-orient.
Du ct du Centre Islamique et Culturel, les
objectifs annoncs, visent en faire le coordinateur
des mosques de Belgique, le lieu de
rassemblement central des musulmans auxquels il
fournit des structures d'accueil et de formation.
Outre ce rle interne la communaut musulmane,
le Centre se prsente comme un instrument
d'information et de dialogue entre L'Islam et les non
musulmans. Le centre islamique joue ainsi le rle
de mosque principale de Belgique; elle diffuse
officiellment le calendrier des ftes, l'horaire des
prires, elle dlivre des certificats qui permettent
aux imams d'obtenir une autorisation de sjour en
Belgique, elle organise des cours de formation pour
imam et organise des cours de religion pour les
jeunes; elle distribue enfin, les subsides fournit,
entre autres, par l'Arabie Saoudite.
Outre les fonctions drivant du mandat qu'elle
dtient de la Ligue Islamique Mondiale, elle s'est
vu dlguer, par l'Etat blge, le soin de dsigner
les professeurs de religion islamique dans les
coles belges. Toutefois, sa comptence
effective en ce domaine ne touche que les
enseignants arabes. En ce qui concerne les
professeurs turcs, le centre se contente de
transmettre aux organismes belges comptents,
les dossiers que lui transmet la Direction des
Affaires religieuses de Turquie en Belgique.
Le Centre Islamique dite officiellement des
manuels destins l'enseignement de la religion
islamique dans les coles belges. Toutefois, les
enfants turcs disposent eux de manuels
officiellement utiliss pour l'enseignement de la
religion en Turquie.
En matire d'organisation des enseignements
de la religion islamique dans les coles belges,
comme en d'autres matires, l'Etat belge avait
accord le rle de partenaires privilgis au
centre Islamique et culturel.
La loi du 19 juillet 1974 modifiait les lois du 29
mai 1959 et du 11 juillet 1973 rglant les
questions de l'enseignement des religions
reconnues dans les coles officielles, en faisant
figurer l'Islam parmi les religions dont
l'enseignement tait officiellement autoris.
En juillet 1975, le ministre de l'Education
nationale adresse aux chefs d'tablissement une
circulaire leur recommandant de prvoir un cours
de religion islamique pour rpondre une
ventuelle demande de parents d'lves.
Le 20 fvrier 1978 une loi, qui modifiait l'article 8 de
la loi du 29 mai 1959; cet article modifi est libell
comme suit: "Dans les tablissements officiels...
d'enseignement primaire et secondaire de plein
exercice, l'horaire hebdomadaire comprend au
moins deux heures de religion et deux heures de
morale. Par enseignement de la religion, il faut
entendre l'enseignement de la religion (catholique,
protestante, isralite ou islamique) et de la morale
inspire par cette religion.
Depuis la publication de cette loi, le nombre
d'lves inscrits au cours de religion islamique
s'est rapidement accru d'anne en anne. En
l'espace de 4 ans, les effectifs avaient
quasiment tripl.
Alors mme qu'aujourd'hui encore, le
ministre de la Justice n'a pas pu reconnaitre
les communauts islamiques en raison du fait
que les conditions lgales de cette
reconnaissance ne sont toujours pas remplies.
La prise en charge financire de l'enseignement
de la religion islamique et son organisation ont,
au contraire, t rapidement assumes par le
ministre de l'Education nationale, l'excution
des dispositions de la loi ne se heurtant ici
aucune objection lgale.
Dans la mise en oeuvre des dispositions
lgales relatives l'enseignement de la religion,
le ministre de l'Education nationale,
abandonnait, ds 1975, au Centre Islamique et
Culturel le soin de dsigner les professeurs de
religion et d'assurer leur formation.
L'opposition au leadership du Centre islamique et
Culturel et l'absence d'interlocuteur reprsentatif
des musulmans de Belgique auprs de l'Etat belge.
L'opposition au Centre Islamique et Culturel comme
organe central reprsentatif de la communaut
musulmane de Belgique et organisateur de
l'enseignement de la religion musulmane dans les
coles belges, vient de plusieurs tendances
reprsentes au sein de la communaut immigre
musulmane (1), et se caractrise par l'extrme
htrognit de ses composantes. Contestation vient,
en effet, de groupes reprsentant des sensibilits
doctrinales particulieres des nationalits diffrentes, des
opposants certains rgimes arabes, qui pour briser le
monopole de la reprsentativit vis par le Centre
Islamique, vont se constituer en associations
concurrentes.
Le reproche gnralement adress au Centre par
ces mouvements d'opposition est sa trop vidente
infodation aux Etats d'origine des immigrs et,
particulirement, l'Arabie Saoudite dont les positions
doctrinales et le projet de socit islamique qui en
dcoule, sont loin d'tre apprcis par la majorit des
immigrs.
Parmi les opposants l'hgmonie reprsentative
revendique par le Centre islamique et Culturel, le
mouvement Djama at al Tabligh; dont la prsence
en Belgique s'est affirme dans le courant des
annes 70, apparait comme l'un des plus
significatifs. Oppos "l'Islam des pouvoirs"
incarn. ses par le centre islamique, la Djama at
est bien implante dans les milieux dfavoriss
touchs par le chmage et la dliquescence de la
cellule familiale rsultant du conflit de gnration,
du refus par les jeunes de l'ordre familial
traditionnel. Par son action en faveur de la
restauration des valeurs fondamentales de l'Islam la
Djama at semble avoir connu quelques succs
dans sa tentative de remdier au developpement de
la toxicomanie et de la criminaliteparmi les
jeunes.(2) Supporte par une audience assez large,
la Djama at al Tabligh a t l'origine de la cration
d'une fdration de mosques.
A cette opposition islamique s'ajoute une
opposition caractre politique, essentiellement
laique dans sa vision sociale, compose de
personnalits diverses issues notamment du rr!onde
syndical, et lie au monde politique belge, qui veut
voir dans cette mouvance une reprsentation de
l'immigration maghrbine et turque conforme ses
voeux. En ralit, quoique cette mouvance
tendance laique se montre trs active, sa
reprsentatation relle auprs des communauts
immigres musulmanes est extrmement rduite.
Un troisime type d'opposition aux prtentions
hgmoniques manifestes par le Centre Islamique
est de nature nationaliste. A ce niveau, c'est
principalement la Turquie qui tend a affirmer son
indpendance l'gard d'une structure juge
essentiellement arabe. La Rpublique de Turquie
d'ailleurs, ds le courant des annes 70 pris en main
l'encadrement de la vie et de l'activit religieuse de
ses nationaux par l'entremise de la "Fondation
religieuse", en turc Divanent yakfi du ministre des
Affaires religieuses. Mais la communaut immigre
turque n'apparait pas plus homogne que
l'immigration arabe. Outre le fait qu'elle comprend
des groupes d'Alevis, elle verra la communaut
sunnite se diviser dans les annes 80. A cette
poque, en effet, apparait une organisation islamiste,
le Millq G?rs, qui constitue un prolongement du
Refah partisi du parti de la prosprit, formation
politique islamiste en pleine expansion. Bien
implante en Europe, l'association Millq G?rs, qui a
son centre en Allemagne y est mme considre
comme l'un des interlocuteurs officiels des pouvoirs
publics. Quant sa situation en Belgique, on peut
estimer le nombre de ses adhrents quelques 20%
de la population immigre turque.
Les annes 80, ne sont d'ailleurs pas la priode de
diversification pour les seuls turcs, la communaut
arabe voit aussi prolifrer, durant la mme priode
les associations contrles par les islamiques,
parmi lesquels la confrrie des "Frres musulmans"
occupe une position prpondrante. On constate,
ainsi, la prsence en Belgique de la branche
syrienne ainsi que de la tendance gyptienne de la
confrrie. Cette dernire agit principalement sur la
population immigre par le truchement de mosque
et par une action caritative qui s'exprime par le biais
d'une association de jeunesse et l'association
internationale "Islamic relief secours islamique.
Dans l'ensemble l'action auprs des familles
immigres de ces groupes se traduit par un appel
au retour aux valeurs morales de lIslam pour lutter
notamment contre la dlinquance des jeunes
engendre par la nature mme de la civilisation
occidentale; dans le prolongement de leur
prdication les "frres musulmans" apportent une
aide matrielle un certain nombre de familles en
difficult, ainsi qu'un soutien des jeunes tudiants
rencontrant des problmes financiers. Si leur
audience reste encore extrmement limite, il
convient de remarquer qu'elle touche nanmoins un
nombre croissant d'individus, notamment des
jeunes, sduits par leurs thses dans une socit
occidentale qui connait une crise sociale de plus en
plus aigue.
Parmi, les courants islamistes, que l'on peut
considrer comme marginaux, reprsents en
Belgique, on peut encore citer le Hizb al Tahrir (Parti
de la Libration islamique), le F.I.S. algrien, En
Nahda (tunisien), AdI wa Ihsan (Justice et
bienfaisance (marocain), et une mouvance shte
ultra minoritaire mais trs active(3). L'existence de
ces mouvements est bien connue des autorits
belges; leur prsence est admise, au nom de la
libert religieuse pourvu que leurs activit ne
troublent pas l'ordre public et ne dbouchent pas sur
une action terroriste.
Ainsi, l'Etat belge, la recherche d'un
interlocuteur reprsentatif, selon ses critres, de la
communaut islamique, se heurte, aprs avoir cru le
trouver auprs du Centre Islamique, la ralit de
l'htrognit de la population musulmane. Cette
impossibilit o se trouve la communaut
musulmane de s'entendre pour mettre en place les
organes reprsentatifs exigs par la loi, explique les
blocages qui ont conduit prs de dix annes
d'immobilisme pendant lesquelles les activits lies
l'exercice du culte et les enseignants de religion
musulmane ne bnficient pas du statut auquel la
loi leur donne droit.
L'Etat belge quant lui ne peut contraindre la
communaut musulmane s'entendre pour
procder la mise en place de ses organes
reprsentatifs, ou ne peut imposer son propre choix,
dans la mesure o la Constitution lui interdit toute
ingrence dans les affaires internes d'une des
religions reconnues.
Le pouvoir politique belge, aprs une premire
priode d'empressement pour mettre en place les
dispositions juridiques consacrant la
reconnaissance de la religion islamique, semble
s'accommoder, dans les annes 80 de l'enlisement
de la situation au niveau de la mise en place des
organes reprsentatifs de la communaut
musulmane s'explique, d'une part par le fait que les
pouvoirs publics sont confronts un problme dont
ils ne saisissent qu'imparfaitement les donnes,
d'autre part par l'volution des relations
internationales qui voit se prciser le gel du
Dialogue Euro-Arabe et l'affaiblissement de la
capacit de pression des Etats ptroliers sur la
Communaut europenne.
Sous la pression de plusieurs groupes et
associations, notamment des professeurs de
religion islamique dsireux d'obtenir enfin un statut
qui les fasse sortir de l'tat de prcarit ou les
confinait la situation cre par l'absence d'organe
reprsentatif de la communaut musulmane, le
pouvoir dcide de relancer le processus de
concertation afin d'aboutir la dsignation des
organes reprsentatifs de la communaut
musulmane.
En novembre 1989, le Commissariat Royal la
politique des immigrs, runit une commission
d'experts pour dterminer les modalits
d'organisation pour L'lection d'organes
reprsentatifs de la communaut musulmane. La
formule retenue est l'organisation d'lections dans
les mosques constitues selon les normes lgales
touchant les associations. Le corps lectoral devait
tre identifi sur de mosques reprenant la
population de croyants frquentant les lieux du
culte(4).
En dcembre 1989, la commission
interministrielle rejette la proposition du
Commissariat d'organiser des lections.
Le Centre Islamique et Culturel, qui avait
commenc organiser les lections selon le
schma propos par le. Commissariat Royal
dcide de ne pas de la commission
interministrielle. Les lections se tiennent sous
l'gide du Centre Islamique et rassemblent un
public assez nombreux; le chiffre de 26.000
lecteurs est avanc. Les lections donnent lieu,
en fvrier 1991, la formation d'un Conseil Gnral
regroupant 89 personnes, qui, son tour, instaure
un "Conseil suprieur des musulmans de Belgique"
compos de 17 membres. Un musulman belge de
souche est lu prsident de cette nouvelle
institution. Cet organisme, bien qu'il ralise un
consensus relativement large au sein de la
communaut musulmane, n'est pas reconnu par
l'Etat, puisqu'il a t form l'issue d'une
consultation organise contre son avis.
En fait, l'Etat, pour mettre fin aux blocages qui
empchaient l'excution des dispositions lgales
votes en 1974, 1978 et 1981, avait dj pris
l'initiative, ds le printemps 1990, de crer un
"Conseil des sages", compos de personnalits
choisies par le pouvoir politique belge, qui esprait
ainsi mettre sur pied un organe reprsentatif
capable de fonctionner correctement dans le cadre
des institutions belges.
Au mois de juillet 1990, le Conseil des sages est
install et se voit confier la charge de dsigner les
professeus de religion islamique appels
fonctionner dans les coles belges.
Aprs environ deux annes d'un
fonctionnement incertain, force a t de constater
que ce Conseil des sages compos
essentiellement de personnes issues des milieux
syndicaux et laiques, totalement ignorantes en
matire de thologie et de religion, agr par le
pouvoir politique et concu selon une vision
politicienne belge de l'quilibre politique, n'a
jamais russi asseoir sa crdibilit en tant que
reprsentant lgitime de la communaut
musulmane. Aprs la dmission du prsident et
d'un des vice-prsidents du Conseil, le ministre de
la iustice tirant les conclusions logiques de
l'exprience, prit la dcision de mettre le-dit
conseil en sommeil.
Vers la solution de la reprsentation des
musulmans de Belgique
En automne 1992, le pouvoir politique belge
reprend l'initiative pour tenter de rgler le
problme de la reprsentation de l'Islam, et
institue un comit technique de 5 personnes (2
marocains, 1 turc et 2 belges musulmans)
choisies en fonction de leur niveau d'instruction,
de leur religiosit et de leurs comptences.
Arbitr par un fonctionnaire comptent en
matire de connaissance de lIslam, Madame
Monique Renaerts, les travaux de la commission
aboutissent, au printemps 1993, la cration
d'une Constituante compose de 50 personnes
reprsentant les principales sensibilits
doctrinales et particularits ethnonationales qui
composent la population musulmane de
Belgique. Ce groupe lit en son sein 17
personnes formant un Excutif des Musulmans
de Belgique" dont les promoteurs esprent qu'il
sera agr par la communaut musulmane de
Belgique comme son reprsentant lgitime. Cette
nouvelle structure comprend 7 Marocains, 4
Turcs, 1 Libanais, 1 Sngalais, 1 Tunisien et 3
Belges de souche. Le prsident du nouvel
organisme est le docteur Yassine Bayens, ex-
prsident du Conseil suprieur des Musulmans
de Belgique, qui a t contraint de dmissionner
de ses fonctions dans le-dit conseil pour pouvoir
assumer sa nouvelle charge l'Excutif. Celui-ci,
s'est vu confier le pouvoir de dsigner les
professeurs de religion islamique, ainsi que les
conseillers religieux dans les hpitaux et les
prisons.
Ds son installation, le nouvel organe reprsentatif
de la communaut musulmane de Belgique, qui
prsente un quilibre de tendances, de sensibilits et
de nationalits satisfaisant, s'attacha promouvoir une
application rapide des dispositions prvue dans les lois
de 1974, 1978 et 1981. Il tait urgent, en effet, de fixer
le statut de toute une srie d'activits lies l'exercice
du culte, et notamment celui des professeurs de religion
islamique, si l'Etat belge voulait conserver quelque
crdibilit aux yeux des populations immigres
musulmanes. Dans un Etat de droit, fond sur la libert
de conscience, il tait, en effet, inexcusable de laisser
subsister des entraves au droit d'une partie non-
ngligeable de la poulation l'exercice de sa religion et
l'panouissement de sa vie spirituelle.
Dans cette optique, l'Excutif est charg d'organiser
le recrutement de professeurs de religion destins
enseigner dans les coles de Belgique. Ces
professeurs, pour tre reconnus aptes enseigner par
l'Etat, doivent prsenter un examen crit et oral, qui
porte sur les connaissances thologiques et les
aptitudes pdagogiques, de mme que sur la mitrise
de la langue de l'enseignement locale.
Comme de nombreuses carences avaient t
releves chez la plupart de professeurs de religion
islamique au niveau des comptences pdagogiques et
langagire, le ministre de l'Education de la
Communaut flamande (la Belgique comprend un
ministre de l'Education pour la communaut flamande
et un autre ministre pour la communaut francophone)
a dcid d'organiser partir du mois de septembre
1993, des formations linguistiques et pdagogiques
pour les professeurs en fonction avant le 21 dcembre
1991. Pour les professeurs de religion engags aprs
cette date, ils doivent, moins d'tre porteur d'un
diplme d'tudes nerlandophone, obtenir un certificat
d'aptitude pdagogique et russir un examen
linguistique. Bien que des carences identiques aient t
constates en rgion francophone, rien n'a t prvu
pour y remdier en Communaut francaise.
Dans les domaines de l'inspection, de
l'tablissement des programmes et du statut des
enseignants, c'est donc l'Etat fdral et les institutions
rgionales qui restent seuls comptents.
Reconnu comme intedocuteur valable de l'Etat belge
par dcision du ministre de la Justice en octobre 1994;
l'Excutif des Musulmans de Belgique, qui assurait aux
musulmans une gestion autonome de l'Islam, devait
passer par une priode probatoire d'un an pour mesurer
son degr de reprsentativit effective dans la
communaut musulmane, avant de pouvoir bnficier
de tous les avantages prvus par La Loi pour les cuites
reconnus. Suite un changement ministriel, puis, pour
des raisons restes obscures ce jour, cette priode
probatoire s'est prolonge au-de des dlais prvus,
privant ainsi la communaut musulmane de la dotation
qui lui tait rserve.
Cette situation inconfortable se prolongea jusqu'au
24 juin 1996, date laquelle fut enfin promulgu l'Arrt
Royal, reconnaissant l'Excutif, qui est enfin mme de
percevoir sa dotation.
Dans un monde de plus en plus interdpendant, le
dveloppement du dialogue interculturel est devenu une
ncessit, si l'on veut viter les conflits nord-sud dont
semble nous menacer l'avenir. Construire celui-ci dans
une perspective pacifique, o l'accent serait port sur la
coopration plutot que sur l'affrontement, commence
sans doute par notre capacit installer le dialogue
l'intrieur de nos frontires. A cet gard, le cadre
institutionnel dont s'est dote la Belgique peut devenir
un modle.. la condition qu'il dbouche sur des
applications concrtes au quotidien, et permette la
population musulmane dans son ensemble de se sentir
chez elle l'intrieur des frontires belges.
Crer les conditions d'une organisation religieuse
rpondant aux besoins rels des musulmans de
Belgique, passe, en tout tat de cause, par le
dveloppement d'une infrastructure locale et la
formation de cadres religieux issus de leurs rangs. Une
telle perspective n'est possible qu' la condition de
rouer des accords de coopration avec des institutions
musulmanes situes hors de Belgique. Une solution
satisfaisante me semblerait, ds lors, l'tablissement
d'accords avec l'Universit d'Al Azhar, dont la rputation
internationale reste prestigieuse, afin de pouvoir y
envoyer de jeunes tudiants musulmans de Belgique, et
d'envisager l'envoi de formateurs d'al Azhar en Belgique
pour officier dans une acadmie de thologie islamique
crer en Belgique.


Rfrences
(1) Le nombre de Belges de soucbe convertis l'Islam
est relativement faibIe: selon des sources officieuses (il
n'existe pas de statisitques officielles) on compterait
entre 6.000 et 11.000 musulmans parmi la population
indigne.
(2) GRIGNARD, Alain, Profil des organisations
islamistes, dans Islams d'Europe, Editions de
l'aube, 1995.
(3) GRIGNARD, A., op cit, pp 112-114.
(4) L'lntgration: une politique de Iongue haleine
Rapport du Commissariat royd la Politique des
Immigration) pp. 59-92


 
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