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Les mots, les mythes et l'éthique. A propes des croisades

LES MOTS, LES MYTHES ET L'ETHIQUE. APROPOS DE : CROISADES, IMPERIALISME, ISLAMISME.
PAR DOMINIQUE CHEVALLIER
Faisons attention aux mots que nous employons. Ils peuvent avoir des sens qui ne sont pas toujours recevables pour ceux qu'ils désignent, pour ceux qu'ils concernent; ils peuvent aussi véhiculer des passions et des idéologies qui sont en porte à faux avec les réalités que l'on prétend définir ou décrire. Dire tout ceci est peut-être banal; mais n'oublions pas que nous sommes réunis ici pour tenter de dialoguer et de comprendre, non pour nous calomnier ou, au moins, pour nous ignorer dans nos espérances respectives.
Je me suis toujours méfié de l'expression "Islam et Occident" parce qu'elle représente deux concepts qui ne sont pas équivalents.
L'Islam est d'abord une religion, une foi monothéiste et universaliste; elle s'est pensée à travers une loi donnée comme garantie de la morale des croyants. Le mot Islam désigne en outre la civilisation qui s'est épanouie dans le cadre de cette religion. Il concerne donc des techniques, des arts, des imaginaires sociaux et des façons de penser le quotidien que d'antiques structues humaines ont souvent modelés.
le terme "Occident" est géographique. Il a été utilisé pour caractériser les pays de l'invention scientifique, indurtrielle et libérale, c'est-àdire l'Europe de l'Ouest et l'Amérique du Nord. Mais il est bien vague, surtout s'il est appliqué à une civilisation. Celle qu'il recouvre a été marquée par le christianisme, prolongé par les examens critiques de la Renaissance et de la philosophie des lumières. Cette civilisation couvre donc tout un courant humaniste qui n'a pas seulement la religion pour référence. Cet humanisme se justifie par le rationalisme critique, par la méthode scientifique fondée sur l'observation, l'expérimentation et l'analyse, mais aussi par les élans de l'esprit et par l'enrichissement qu'apporte la connaissance des autres. II se réclame, lui aussi, d'une vision universelle.
Comment dire alors? La spiritualité et la philosophie, les techniques et les arts ont été élaborés dans nos deux civilisations, mais selon des constructions sociales différentes et des rythmes historiques contrastés.
L'universalisme et le monisme divin de l'Islam a, par le rayonnement même de sa révélation, une vocation humaine et civilisatrice. L'humanisme issue de l'Europe latino-chrétienne ne peut se réduire à un matérialisme et à une pratique, comme certains l'ont affirmé dans l'Orient musulman depuis le siècle dernier. Il n'existe que parce qu'il est une création de l'esprit s’inscrivant dans l'espérance universaliste de l'homme.
Chacune de nos deux civilisations se réclame d'un idéal universel. Leur passé a été illustré par des prosélytismes qui ont durablement marqué bien des consciences; il a suscité des méfiances réciproques qui restent vivantes, surtout quand elles sont traversées par des revendications sociales et politiques.
Soyons donc prudents dans l'emploi des mots. Aujourd'hui, il s'agit de vivre ensemble, de créer ensemble, et non de se rejeter l'anathème au nom d'une histoire mythifiée pour des besoins d'auto justification dans le présent.
L'apport de l'autre doit être source de richesse, non de suspicion ou de haine.
Evidemment, je m'exprime en citoyen de la République françaisé dont la loi est égale pour tous, sans référence à une appartenance religieuse. Le droit fiançais n'admet pas de statut particulier qui rendrait de fait les citoyens français inégaux; il ne peut y avoir de classement ou de discrimination selon leurs croyances. La loi, en France, est fondée sur une morale civique dont la devise est: liberté, égalité, fraternité.
LES CROISADES:
Une réalité historique souvent déformée. le ressourcement de la chrétienté en Orient. cf. Dupront.
Les mythes qui en sont issus. Comment les comprendre?
Ceux de l'Europe et du monde chrétien.
Ceux du monde arabe et musulman: le souvenir d'une lutte héroïque contre les conquêtes chrétiennes en territoire de l'Islam. Souvenir renouvelé et amplifié face aux dominations européennes, occidentales, aux XIXe et XXe siècles.
Elles ont été condamnées comme impies, destructrices, alors que la "Conquête" musulmane a été glorifiée comme sainte par les croyants musulmans. Autour de la Méditerranée, cette conquête a soumis au pouvoir et à la juridiction des musulmans des terres qui étaient largement christianissées et où se trouvaient-et se trouvent toujours les grands lieux saints du christianisme.
L'Europe romantique du XIXe siècle a évoqué le souvenir des croisades lorsque "la question d'Orient" a été mise au progranme du concert des puissances européennes. Des catholiques s'y référaient encore aprés la Première Guerre mondiale. Les protestants, quant à eux, se nourrissaient de tout un esprit biblique.
II est temps que ces événements mythifiés ne servent plus à construire des idéologies de méfiance réciproque, à susciter des haines, une vision caricaturale des autres.
IMPERIALISMES:
La formation d'empires à l'échelle mondiale par certains Etats de l'Europe industrielle au XIXe siècle a provoqué, en retour, le réveil de bien des consciences parmi les peuples dominés. Ceux-ci ont voulu défendre leurs valeurs menacées par les "impérialismes", puis devenir partie créatrice dans la modernisation du monde.
Le mot "impérialisme" ne définit qu'imparfaitement les ambitions impériales de l'Europe, mais il a eu un grand destin dans le combat politique et idéologique, surtout après l'intervention de Lénine dans sa définition ("L'impérialisme stade suprême du capitalisme").
En fait, dès le XVe siècle, dès la Renaissance, L'Europe a élaboré les moyens de la modernité par sa pensée humaniste. Dès lors, sa force novatrice fut d'avoir réussi la syntbèse de tous les acquis du Savoir. A partir de cet effort, sa création ne cessa de s'amplifier, puis de s'accélérer. L'Europe a inventé. L'Europe a conquis.
Ces inventions et ces conquêtes se sont aussi inscrites dans des heurts comme dans des échanges avec l'Islam. Au XVIe siècle, l'avance des armées ottomanes a été stoppée en Europe centrale et en Méditernée; mais il a fallu attendre la fin du XVlIe siècle pour que les Turcs ne fissent plus peur aux monarchies chrétiennes.
Avec la découverte de l'Amérique, l'Europe chrétienne, mais aussi de la Renaissance et des Lumières, s'assura une nouvelle profondeur terrestre. En même temps, ses navires acquéraient un contrôle des Océans, de l'Atlantique au Pacifique. Si l'Islam et ses axes continentaux étaient entourés par ces nouveaux réseaux d'échanges, sa civilisation s'enrichit aussi de ces moyens de contact économique et culurel.
En effet, à travers les dominations impériales des "Occidentaux", des sciences et des techniques furent diffusées. Elles permirent de mieux assurer l'existence des hommes par une extension des savoirs, une amélioration de la santé et la croissance économique.
L'expansion européenne a également répandu des idéologies: d'une part, le libéralisme fondé sur un idéal de liberté, compris aussi comme un besoin de libération; d'autre part, le marxisme et les courants révolutionnaires qui en sont dérivés. Les peuples et les pays dominés ont utilisé fréquemment l'apport de ces idéologies contre les dominateurs, pour conquérir et asseoir leur indépendance dans et par des retrouvailles avec leurs propres valeurs cuturelles et spirituelles. Rien n'est simple. Toutes les grandes acquisitions de l'humanité ont reposé sur des emprunts réciproques, ont été fécondés par ces rencontres.
Aujourd'hui, le contrôle de la conjoncture économique mondiale, et donc le poids économique de certains Etats ou groupes d'Etats, est assuré par l'avance dans la recherche scientifique l'innovation technique et l'application industrielle- un ensemble qui relève de ce qu'on appelle maintenant "la technologie".
Cette situation est-elle actuellement renouvelée par la "Mondialisation"? Celle-ci effacerait-elle les originalités culturelles et spirituelles qui définissent les grands courants de civilisation et qui, par conséquent, s'y inscrivent? Une ou quelques puissances dominantes réduiraient-elles le monde à leur image publicitaire? L'uniformisation de la consommation couvrirait-elle une uniformisation des ames?
Avec les moyens techniques de l'avenir, des moyens identiques de par le monde, ce sont toujours des diversités qui s'affirment. Heureusement pour la création intellectuelle qui n'existe que dans la multiplicité, la comparaison, la réflexion et le dialogue.
ISLAMISME:
Chaque religion monothéiste développe sa propre conception de l'universalisme par l'absolu divin; elle le fait, d'ailleurs, à travers les diverses tendances qui se manifestent en son sein. Y a-t-il aussi une pluralité des universalimes révélés? Oui, comme le prouvent notre assemblée et la nature de ses débats.
Pourtant la contestation extrémiste justifie souvent ses propres violences et ses propres intolérances par la fidélité aux fondements d'une seule religion, et par le combat pour sa reconnaissance exclusive par l'humanité entière. L'islamisme politique et idéologique s'inscrit dans une telle démarche. Celle-ci inquiète bien dés musulmans et des gouvernements. Elle déforme auprès des opinions occidentales la nature de l'Islam. Elle accroît les tensions au lieu de les diminuer.
D'une part, l'exacerbation des mouvements islamistes est largement issue des angoisses provoquées par les mutations contemporaines qu'il s'agisse de l'augmentation du nombre des êtres, des innovations `technologiques", des choix politiques incertains, des transformations des savoirs et de l'enseignement, des difficultés de l'emploi, de la croissance urbaine et des flux migratoires.
D'autre part, ces mouvements islamistes réveillent un passé de protestations qui ont été longuement élaborées dans le cadre de la civilisation islamique. L'histoire est présente dans l'imaginaire de ces croyants puisqu'elle leur sert souvent à justifier leur propagande et leurs actes. Mais ils utilisent l'histoire à travers la transformation de certains événements en mythes, et non selon une analyse rationnelle des faits.
Ces islamistes sont-ils de vrais musulmans, ou seulement des extremists et des terroristes? Ils sont tout cela à la fois puisqu'ils motivent leurs actes par leur religion. Certains gouvernements musulmans les craignent; des opinions publiques européennes s'inquiètent; de part et d'autre, de vieilles peurs, d'antiques méfiances réciproques sont réveillées. Pourtant, une évidence s'impose: il est absolument nécessaire d'éviter que "l'Occident" ne juge l'Islam qu'à travers les attentats commis par les islamistes.
Encore faut-il que les analyses et les jugements soient équilibrés de part et d'autre, du côté de l'Islam comme du côté de l'Occident qui se réclame de l'humanisme. Si une histoire mythifiée est invoquée pour formuler des accusations afin d'alimenter des idéologies, il est évident qu'une telle attitude ne peut que susciter et entretenir des incompréhensions et des haines. Il est donc à nouveau urgent de promouvoir la tolérance par l'approche compréhensive de nos valeurs réciproques, par la connaissance véritable de leur élaboration dans l'évolution des sociétés humaines et des civilsations. Par la sympathie aussi.
Que ceux qui ont été formés par la religion et la civilisation de l'Islam ne jugent pas l'humanisme de "l'Occident" à travers une vision mythique des "Croisades" et de "l'impérialisme". Que les citoyens de l'Europe et de l'Amérique ne confondent pas l'Islam avec les excès d'extrémistes musulmans.




 
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